Au revoir et merci!

Voilà. J’ai fait le tour de ce carré de sable. Par deux fois. La première, j’écrivais sans retenue, libre et acérée. La deuxième, avec une relecture moins vulgaire, plus corrigée, plus correcte.

Je n’avais plus de plaisir. Je souffrais des critiques qui me trouvais trop ou pas assez.

J’ai changé en un an. Maintenant, j’ai appris à m’en calisser comme de l’an 40.

Mais, ici, j’ai fait le tour. Merci de m’avoir suivie.

L’auteure masquée se démasque pour de bon et écrira comme il lui chante. Juste ici, dans mon nouveau blogue:

https://menopinup.wordpress.com

Amusez-vous à me lire à nouveau. Je vous préviens encore: asteure, je m’en torche de la correctitude.

Merci pour votre fidélité. J’espère vous retrouver dans mes nouvelles aventures.

Je vous embrasse.

 

 

 

 

 

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Arracher l’aile d’un ange.

Abortion

Dans un passé encore présent, je suis tombée enceinte…

Tombée, oui. J’ai chuté, dégringolé. Atterrée et abasourdie devant la nature qui a fait un pied de nez à mon ventre. Comme si je pensais que mon utérus était un organe poussiéreux qui avait perdu ses fonctions reproductrices au fil du temps.

Habituée à avoir des règles qui désobéissent à la lune depuis peu, je marchais d’un pas alerte lorsque ma poitrine est venue sonner l’alarme.  Je m’arrête net et galbe mes seins de mes paumes. Je les tâte, les soupèse tandis qu’on me klaxonne et me siffle.

Non.

Non, non, non! Je m’assois sur une rambarde pour traiter l’information. Je revois la nuit sans doute responsable de ma maculée conception. Je me mens, me nie, me justifie et me relativise. Un test de grossesse va savoir mieux que moi si je suis en cloque.

Les deux petites lignes me font un double fuck you.  Procter and Gamble sont positifs : vous êtes une future maman si vous le voulez. Mais voilà. Le veux-je? À l’âge où on est presque grand-mère, puis-je me permettre de donner un petit frère ou sœur à mon fils adulte? Ai-je les moyens financiers, physiques et moraux?

La réponse est non.

Non.

Pitié, non.

Je prends rendez-vous avec la clinique interruptive. Dans dix jours, j’y serai. Dix jours, c’est long. Ça laisse le temps de réfléchir, de sentir des choses se passer en dedans. Ça alterne de «Je le garde-tu?» à «J’y dis-tu au gars?» en passant par «M’as-tu avoir le front de déduire cette dépense de mes impôts?».

Arrivée au jour A, je me sens chanceuse de ne pas être dans une ville de rednecks qui protestent devant la bâtisse avec des photos de pseudo-fœtus au ketchup. On me reçoit avec douceur et attention. C’est feutré, on chuchote, on marche sur la pointe des cœurs. Ça sent l’amour avec un p’tit parfum sucré de trépas.

Dans la salle d’attente, quelques femmes, quelques filles. On se regarde peu. Y’a une gêne, une espèce de honte de s’être fait «avoir». Je suis la plus vieille et la plus jeune doit avoir 15 ans, pas plus. Petite choute tremblante que je prendrais dans mes bras. Son chum est là qui la colle, en silence, palette de casquette baissée sur son sentiment de culpabilité.

Quand on appelle l’engrossée, le boutonneux reste seul, tout croche, en se cachant derrière son cellulaire qu’on lui prie d’éteindre. Il prend nerveusement un magazine féminin et fait semblant de s’intéresser à la confection d’une tarte à la farlouche.

C’est mon tour. On me propose une tisane et des techniques de respirations dans la douleur. Ou, si je préfère, de la drogue.  J’opte pour l’engourdissement total. On ne me fait pas la morale, mais on me conseille de faire attention, la prochaine fois.  Oui, j’ai merdé. Voilà, madame : J’ai merdé. Je ne le referai plus, promis. Let’s go, enlevez-moi ça avant que je m’y attache.

Toute nue en bas de la ceinture, je m’étends sur la table à étriers. On me demande comme chez le dentiste «d’ouvrir grand». Je m’écarte. On me… prépare…. On me pique à l’intérieur. Ça pince un brin, je panique. Je ne veux pas souffrir. On m’apaise en partant une machine qui gronde Agnn! Agnn! Agnn! Agnn! Agnn!  Un bruit de fin du monde.

On m’explique chacune des étapes. Je n’aimerais mieux pas. Je fais la brave, les mains croisées sur mon plexus qui tressaute. Je regarde au ciel, avec une pensée fugace pour Jésus qui hoche la tête, déçu de moi. Je trouve déjà que le son de la machine est insupportable, jusqu’à ce que l’espèce d’aspirateur embarque.

Shhhrrrrrooooogggglllll!!! Ça me shlurpe l’intérieur comme un Hoover macabre et je vois du rose sortir du tube. Oh, pardonne-moi, petite chose, pardonne-moi!! Je ferme les yeux sur les horribles gargouillis qui suivent.

On me rassure que c’est bientôt terminé. Reste que le curetage. Ça gratte, ça tire, touille et nettoie. J’ai une larme qui coule malgré moi dans mon oreille. Une des femmes me caresse les cheveux. On m’annonce que c’est terminé. Je me relève sur mes coudes, étourdie. Et je ne sais pas pourquoi, mais je veux le voir.

On hésite, puis on me pointe une demi-pinotte en m’expliquant que ça, c’est l’embryon. On me désigne ensuite une petite affaire diaphane soudée à mon presque bébé. C’est le sac amniotique. On dirait l’aile d’un ange.

On m’amène dans une salle de récupération. Je croise la jeune fille et son chum. Elle pleure sa vie. Son chum la console du mieux qu’il peut, les oreilles basses et la queue entre les jambes. On m’offre encore une tisane, un biscuit à la farine d’avoine. Merci, non merci.

Les jours qui suivront seront remplis de vagues successives de soulagement, de vide, de sanglots, de sang et de soulagement à nouveau. J’ai fait le bon choix. Mais il m’est impossible de ne pas songer que j’ai tué un bout d’avenir pour sauver le mien.

Subir un avortement est un privilège indispensable. Mais il serait ignoble de penser que c’est une solution facile pour nous.  Sur les visages, ce jour là, il y avait une tristesse infinie devant l’ultimatum. Toutes ces femmes songeront à partir de maintenant : «Aujourd’hui, il aurait 2 ans, 5 ans, 10 ans…».

Nous sommes des femmes libres. Ce n’est pas aux autres de décider comment prendre la vie en main…

…ni comment subsister avec la mort dans l’âme.

 

Savoir bien me conduire.

driving

Ça fait des kilomètres que je me promène d’un endroit à l’autre avec une grande honte qui me gruge les plaquettes de freins.  Je l’avoue : Je n’ai pas mon permis de conduire…

À mon âge.  Ça me fout la batterie à terre.  Une fille intelligente comme moi, obligée de quêter des lifts pour me rendre où le métro ne se rend pas. C’est humiliant. Mais il semblerait que l’embarras n’a jamais été aussi fort que la terreur de me mettre du côté gauche des dés en fuzzy.

J’ai peur. Une peur qui m’encrasse le moteur, qui me garde « stallée » sur l’accotement pour aucune bonne raison. J’aimerais vous dire que c’est parce que j’ai vu la tête d’un cousin venir s’éclater sur le tableau de bord de la Chrysler bleue de mon enfance, mais ce serait mentir. Pas de traumatisme, rien. Juste une frayeur inexpliquée et imbécile.

J’ai regardé défiler ma vie, passagère, le front contre la vitre, les pylônes qui font ping-pongner mes yeux de dépendante. Je suis demeurée au neutre, en me pensant incapable de saisir le levier de mon destin et de passer en première.

C’est comme si j’attendais qu’un père me lance «Allez, monte ! J’vais te montrer comment ça marche!».  Ou qu’une mère se fâche  «Let’s go, on s’en va à la SAAQ, j’t’écœurée de te trimballer!».

Alors, comme une paraplégique du raisonnement, je reste parkée dans l’entrée asphaltée de mon existence attendant je ne sais quoi, je ne sais qui, pour enfin démarrer. Et bien bravo championne! Voici un macaron pour épingler sur ta casquette de mongole pédestre!

J’appréhende quoi au juste? De perdre le contrôle, de mourir, de tuer? Pas mal tout ça. Je noie mon carburateur de stress : Tout d’un coup que  je chauffe comme une madame sur ses hazards d’icitte à Bromont?  J’ai si peu le sens de l’orientation que je me perds en sortant de la salle de bain. Ça promet en chemin vers le Wall Mart!  Et je suis le genre de fille qui met du Polysporin sur sa brosse à dent, c’est certain que je vais finir dans le fossé!

Bref, je me suis boosté le négatif si fort que j’ai décidé que je serais mieux  de continuer ma route, les genoux dans la boîte à gant.

Pour vous donner une idée comment j’ai la cervelle sur les basses : J’ai commencé à faire de la bicyclette à 32 ans. 32 ans!! My Lord, c’est un miracle que je sache attacher mes souliers. C’est quoi ce karma d’autostoppeuse que je me suis collé sous l’essuie-glace?

Depuis un an, la courroie s’est mise à tourner : Si je sais conduire un vélo dans les rues de Montréal et dans les montagnes du Québec, je peux piloter une voiture, voyons!!  Là, je me suis mise en tête de me prendre des cours de conduite plutôt qu’un chum ou un taxi. Mais je ne peux pas nier à quel point je suis sur les brakes.

Il faut que me répète que “Fears  are smaller than they appear” et que je pèse enfin sur le gaz. Que je me regarde dans le rétroviseur et que je me fasse de la visualisation positive en m’imaginant un jour au volant :

« Voyons… qu’est-ce qu’elle a qu’a part pas à matin? J’l’ai pluggée, pourtant … »

« Ha, man… J’prends tu la chance qu’le gallon soit moins cher à l’autre station? »

« Attends, j’te rappelle, y’a la police qui s’en vient… »

«Coudonc, moi… J’viens-tu de manquer la sortie…?  OK, OK! C’est beau, j’y vas, là, les nerfs! »

« Hi, calisse, c’t’un sens unique! »

Et ma préférée qui me revient sans cesse :

« Envoye, estie! Tu vois ben qu’est verte!! J’m’en vas quelque part, pis j’y vas toute seule comme une grande, fait qu’embraye!! »

Vroum, vroum, vroum. Mip, miiip!!  *doigt d’honneur*

Les nuits louves-garous.

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C’est les nuits de pleine lune, les pires. Ou les meilleures. Ça dépend. Ça dépend si j’ai eu ce que je veux. Feu, eau, terre, air. Désir, fluide, chair, souffle. Ça dépend si je suis amoureuse ou si je t’utilise simplement pour calmer ma faim.

Les soirs où les rayons du soleil rebondissent tout entiers sur notre satellite, je brûle et je mouille. C’est de même. J’suis à «On».  Électrique. J’ai la marée haute, houleuse, graisseuse, écumante.

J’ai envie que tu me regardes, que je t’hameçonne et que je te trouble. Oui, je cherche le trouble…

Mange-moi des yeux. Je vais m’approcher, prendre ton col et te tirer vers ma bouche. Te respirer, t’aspirer bien loin en moi. Ton odeur m’allume, qu’elle soit eau de Cologne ou sueur rance.

Laisse nos dents s’entrechoquer, c’est pas grave. De toute façon, je te mords la lèvre inférieure en te clouant au mur avec mon bassin.

Oui. Je vais appuyer mes hanches pour sonder ton flux sanguin et onduler comme une Shéhérazade fiévreuse. Ça fait mille ans que je copule et c’est toujours bon. Même quand c’est mauvais.

Je vais glisser ma main dans ta culotte et, si tu es un homme, je vais saisir l’occasion. Si tu es une femme, j’écarterai tes dernières hésitations. Bref, je vais prendre à pleine poignée le pouls de la situation. Je suis trop affamée pour que tu tergiverses.

Allez. À ton tour. Tu en meures d’envie, non ? Touche-moi. Striptease-moi. Ou arrache-moi tout et rend-moi déesse. Pardonne le coup de coude en enlevant mon chandail, je suis énervée. Oui, avale mes seins. Galbe, pince, et reviens à ma gueule que je te renifle l’âme.

Je veux me mettre en prière sur ton sexe, goûter ton sel et laisser ma langue prendre tes mesures. Chatouille-moi les narines de ton pubis ou pique-moi le nez parce que tu t’épiles trop. Je m’en contre balance. Je lèverai mes yeux vers toi et soutiendrai ton regard pour admirer ton visage trahir ton plaisir.

Écroulons-nous au sol ou faisons ça sur le lit, le divan, les marches, le comptoir de la cuisine ou le top de la laveuse, si tes mollets ne crampent pas trop parce que tu es sur la pointe des pieds.

Défonce-moi, ramone-moi, ramène-moi à toi. Je vais t’entourer de mes jambes et m’accrocher à tes épaules pour ne pas tomber. Permets-moi de te chevaucher en testant les pattes de ton meuble Ikea. Je vais me faire entendre par tes voisins, j’en ai bien peur.

Prenons notre temps, presque du surplace, juste pour bien m’empaler comme il faut. Je vais mettre ma main sur ta gorge. Peut-être te forcer les commissures avec mon pouce. Tu vas attraper ma croupe et me barater jusqu’à ce que je crispe la mâchoire en grognant des obscénités.

Crache sur ta bite et pète-moi la cenne, je m’en fous. Déchire-moi ou caresse-moi, sois tendre ou malin, mais ne me laisse pas indifférente.

Je te pardonne déjà si tu t’échappes parce que trop jeune et inexpérimenté. Je t’excuse tout autant si tu me saignes du nez entre les omoplates en réaction au Cialis parce que trop vieux. Je tirerai tes cheveux, si tu en as. Je grifferai ta nuque, si ça te plaît. Je lècherai sûrement ton lobe d’oreille en y gémissant mes encouragements.

Je vais m’asseoir sur ton visage et coincer tes bras sous mes genoux pour que tu puisses te reposer un peu. Je veux rouler avec toi, tanguer, rock et roller, lionner mon crâne contre ton menton.

Allez, baise-moi ou fais-moi l’amour, mais cesse ma douleur dans la moelle. Assouvie-moi. Si les astres sont alignés de bonne façon, je vais sans doute gicler comme le Bellagio à Vegas, faudra changer tes draps. Et je m’endormirai enfin avec ton stupre en guise de crème de jouvence.

Si je suis amoureuse, je resterai pour le café et plus encore, un demi-sucre, un nuage de lait. Je t’aime. Moi aussi. C’était merveilleux hier…

Si non, on se verra une fois à la lune bleue. Rassure-toi, je suis comme l’argenterie, je ternis si on ne me frotte pas de temps en temps, alors…

Oui, c’est les matins de pleines lunes où je suis la pire… ou la meilleure… ça dépend.

Procrastination en la demeure.

 

Procrastinate

7 heures : Mon réveil me nargue de me lever. Je niaise en faisant des petits ronds dans les airs avec mes bras. Je bulle ma salive. Je lisse mon oreiller. Je lisse mes joues. Je repose mes yeux deux minutes.

8 heures : Sursaut. La bave séchée me soude à la taie. Je fais le tour de la pièce avec un œil mi-clos. Je gratte le crunchy granola au coin de l’autre. Aujourd’hui, je me bute à une date limite. Allez, hop! Je me persuade, immobile.

9 heures : Je facebooke en attendant que le café fouette. Je courrielle et surfe l’insipide toile en grognant quelques étirements. J’ouvre mon travail à remettre. Définitivement, un autre café avant quoi que ce soit.

10 heures : Je boulotte en me swignant la patte. Mes ongles d’orteils ont l’air des pics de guitare. Je retravaille un bloc en me rentrant les griffes dans le mollet. D’la marde. Je pars chercher des ciseaux. Bah, aussi bien me doucher.

11 heures : Les touches de mon clavier clique-claquent dans un silence que mes voisins se plaisent à détruire à grandes conversations audibles et remplies de vacuités. Bon, je vais mettre de la musique pour les couvrir.

Midi : Je me rends à peine compte que ça fait dix minutes que je gueule avec Billie Holiday et que mon curseur clignote au même endroit sur mon document. Je garroche mes menottes sur mon lap top et, crac, je bloque.  Merde…  Je me gargouille l’appétit. Je vais me faire un sandwiche aux concombres. .

13 heures : Je reviens de l’épicerie avec des concombres et du scotch. Je place la bouteille au dessus de la bibliothèque hors de la portée de ma pointe de pieds. Je pousse encore un peu, pour la rendre inatteignable. Je splouche de mayo le pain frais et rondelle le cucurbitacée.

14 heures : Je vérifie si facebook a de quoi à raconter.  Vingt minutes plus tard, je réalise que non… Suffit! Au gagne-pain maintenant! Je me relis. Je me décourage.  Dorothy Parker je ne serai jamais. Le blues me fait broyer du noir. J’éteins le stéréo. J’y remarque la poussière. J’agrippe un Swiffer.

15 heures : OK! Let’s go! La job se fera pas toute seule! Je lune un lutin qui me délivrerait du didactique et me permettrait de n’être que créative. Je l’appellerais Watson. Et le nourrirais de chocolat à la fleur de sel…  Je soupire et force mes paluches en crochets d’auteure. GO!

16 heures : J’avance. Mais aussi lente qu’une torture. Je vais me fumer une cigarette, tiens!  Non. C’est fini, ça. Tu n’es pas un cliché, tu n’es pas Hemmingway. Avale, me dis-je, avale. Les phrases denses dansent sur le moniteur. Je prends chaque mot au pied de la lettre. Je finis la joue appuyée sur ma peur déguisée en paresse.

17 heures : Je gosse, touille, noie, tergiverse, fuckaille, doute, glandouille, flâne, flemmarde, récidive, vagabonde, traîne et tarde en ayant pourtant l’impression de produire un tant soit peu. Mais les paragraphes s’égrainent tel un chapelet apathique et indolent.

18 heures : Je découvre que les minutes se sont taillées et m’ont laissé avec un deadline qui, le menton appuyé au creux de sa paume, martèle son impatience de ses doigts sur mon bureau.  Je suis devant le vide  avec ce vertige de réussir qui me met en échec.

19 heures : Je rushe. Je plonge en ignorant mes acolytes qui aimeraient me distraire de mon ouvrage en me faisant miroiter des plaisirs chronophages. Chuuuut! Maman corve péniblement mais sûrement. Rien ne pourra m’arrê… Crotte, un appel de l’étranger. Ça pourrait être important.

20 heures : Je panique. Mon cou demeure figé au dessus de l’écran qui éclaire mon visage sans doute coincé entre le froncement de sourcils et la morsure de peau de lèvres. L’idée de ne pas terminer à point et de perdre ma bonne réputation me force à passer en branle-bas de ponte.

21 heures : Je bad tripe. Je n’y arriverai pas. Ça y est. J’ai bretté ma sinécure et on découvrira enfin mon usurpation d’une experte tâcheronne. Je perdrai mes contrats et n’aurai plus que ça à perdre, mon temps.   Et voilà que mon cerveau entre en mode impératif présent. Le barrage s’ouvre et le flot rage. Je fonce,  les muses entre les dents.

22 heures : J’écris. Je réécris. J’efface. Je retour de chariot. Je contrôle save. Je vois la lumière au bout de la souris. Je vais y arriver malgré une paralysie partielle de ma fesse droite assise sur mon peton gauche fourmillé. Je zieute la bouteille perchée. Je tire ma chaise jusqu’à elle.

23 heures : Je repasse un dernier coup sur le texte. Je laisse la brûlure ambrée masser mes courbatures de l’intérieur. Je trempe ma clé usb dans la fente de ma besogneuse. Sauvegarde.  On recevra le tout pour demain matin, comme promis.  Un clic sur le trombone et je claironne «send» à haute voix.

Minuit : Je me tartine un gueuleton. La télé ânnone comme une crétine finie. Il me faudrait faire mes impôts, le lavage, voir une amie, voir le docteur pour mon affaire. Demain, peut-être que j’aurai une seconde. Je me baille toute luette dehors.

1 heure : Je youtube des berceuses en fétus alité. Heureuse d’avoir surmonté ce qui me semblait montagne accidentée et inhospitalière. Mais demain, tout est à recommencer. Demain, est toujours la journée la plus occupée de ma semaine…

Mon père, le fou.

Crazy

«Schizophrénie avec délire paranoïaque». La madame médecin me lâche le diagnostic avec une bouche pincée de trouver ça dommage de me dire ça. Mon père ne parle pas français, mais il a compris. Il me prend la main avec ses ongles longs et crasseux. Il me la serre fort. Moi aussi. Puis je la retire. J’ai trente ans, lui, cinquante. On réalise tous deux que je vais maintenant devoir être présente pour un père qui m’a abandonnée.

Toute petite, c’était fini avec ma mère, mais il venait faire des tours. Beau, grand, charismatique. Il me poussait des balades folks sur sa guitare, assit sur ma minuscule chaise d’enfant, le velours de ses pattes d’éléphant usé aux genoux.  Puis un jour, il n’est plus revenu.

Alors, je l’ai sublimé, mon papa. C’était un célèbre chanteur Irlandais parti vers la gloire et l’aventure, le cheveu aux touches d’auburn qui flotte au vent, le front fier et le nez arqué qui fend l’air. J’ai attendu d’être majeure et forte pour aller sonner à sa porte. Il a ouvert,  aussi beau que dans mes souvenirs.

J’entre dans son appartement. C’est sombre, c’est sale, ça pue. Mon père respire fort et transpire profusément, les yeux hagards. Le malaise vient jouer à Twister avec mes tripes et mon estomac.  L’inconnu devant moi n’en revient pas comme je lui ressemble, comme je parle bien anglais! Il me raconte ensuite des choses que je reconnais comme des mensonges, des fabulations. Je partage un café dans une tasse douteuse en synthétisant mes 15 années sans lui. Je lui laisse une photo de moi et promet de le revoir. Mes battements de cœur, une fois sur le trottoir, ponctuent ma déception. Fou. Mon père est fou.

On tente de se fréquenter maladroitement. Mais je suis écorchée et craintive. Lui, sauvage et endommagé. Ça donne des conversations troubles qui jettent le vertige. Il vit retiré sur lui-même ayant, au fur et à mesure, repoussé famille et amis. Je suis sûrement tout ce qu’il lui reste et mon instinct vient sonner l’alarme.  Je m’éloigne de l’homme qui se noie, je m’éloigne pour sauver ma peau, lâchement.

Il me téléphone, parfois. Il voudrait que je vienne plus souvent. Élusive, je trouve des défaites. Je délaisse celui qui m’a délaissé. Jusqu’au jour où je reçois la visite de la police. Mon père a couru presque nu dans un parc en proie à une détresse évidente. Je ne suis pas surprise, mais percluse de mille et une douleurs coupables.

On le met sous médication, sous suivit psychologique et me transforme en aidante naturelle. Je suis avec lui aux rendez-vous médicaux et je prends de ses nouvelles, mais garde mes distances. Je lui offre bien des fudgsicles sous le soleil, tente de lui remonter le moral, mais sa vie est sombre. Il se sent dépassé et moi aussi.

De temps à autre, l’hôpital appelle pour me dire que mon père a fait une crise, qu’on l’a ramassé, qu’il est placé dans l’aile psychiatrique pour quelques jours. Je lui apporte des sous-vêtements propres, des bas, des Ferrero Rocher. Je suis triste pour lui, je sens qu’il n’y a rien à faire, qu’il est brisé, irréparable.

Un soir de janvier, six ans après son retour forcé dans ma vie, je reçois un appel de l’hôpital. Je suis bien la fille de mon père? Oui, que je réponds, qu’est-ce qu’il a fait encore?  On m’apprend qu’il est mort.

Mon père… My dad… Me Da…  Je suis à la fois anéantie et soulagée. Soulagée de pouvoir annoncer à sa famille, que je connaissais à peine, qu’il est parti debout, d’une crise cardiaque plutôt que pendu, en désespéré.  Soulagée que sa souffrance soit enfin terminée. Et soulagée de ne plus être responsable du fou.

Le lendemain, je vais vider son appartement. L’endroit est dégueulasse,  j’en ai l’habitude, mais sans lui dedans, c’est pire. Je regarde bien comme il faut, comme je n’ai jamais vraiment osé avant. Les couvertures clouées aux fenêtres parce que la lumière l’empêchait de dormir. Les murs tapissés avec du tissus et des boîtes de cartons pour étouffer le son des « voisins » qui parlaient tout le temps et trop fort. Le n’importe quoi ramassé dans les détritus et devenu bibelot. Les sacs de poubelles brochés au sol parce qu’il pleuvait tous les soirs dans sa tête.  Et, dans un coin : une luge d’enfant…  Mon âme vacille et mon cœur s’étreint.

Il l’avait récupérée pour mon jeune garçon. Il aurait voulu l’amener glisser sur le Mont-Royal juste en face. Je trouvais toujours une excuse pour que mon gars et lui ne se voient pas trop souvent, trop longtemps. Mon père n’aura pas joué avec mon fils. Et la honte de lui se transforme en honte de moi.  Une culpabilité, qui me ronge encore à se jour, me submerge entière.

La petite luge appuyée sur la fange et les résidus hurle l’horreur et le tragique de la situation et je craque. Je m’effondre sur les sacs Glad extra résistants. Je pleure d’avoir failli envers un être humain. Mon père n’est pas mort de sa maladie mentale. Il est mort de l’isolement qu’elle amène. Mort d’une carence de tendresse réelle, de câlins, de mots doux, d’encouragement et d’amour. Ses proches l’ont négligé parce que la folie, ça terrorise.

J’aurais voulu qu’il n’ait pas lâché ma main quand j’étais petite. J’aurais voulu ne pas avoir lâché la sienne par la suite. J’aurais voulu être allé chercher de l’aide pour ne pas avoir eu à gérer ça seule. Maintenant, je n’ai que regrets et amertume.

J’ai nettoyé la crasse et trié ses possessions pendant des jours.  J’ai gardé ses toiles, ses guitares, ses journaux, son soulier de bébé coulé dans le bronze, une vieille balle de baseball et un peu de ses cendres. Et je me relis souvent les dernières phrases tapées sur sa vieille machine à écrire, pour me rappeler son essence, la texture de son spleen, l’odeur de sa maladie.

«Hanging on by the very skin of my teeth

Winter is coming. I should visit my mother. Maybe next week.

I’m making job appointments, not keeping them.

A new wrinkle in my life.

My Place is imperfection, always a dangerous time.

I’m hearing voices and noises from my neighbors.

The knives are sharp and the gun is loaded.

We will see if my landlord fixes my thermostat.

At least, my typewriter works.

The music starts to get peaceful.

I must rethink many things.

I have a virgin canvas and must find a way to break down and write a song.

I am so old, the world has changed beond recocgnition

And my spelling sucks…»

 

May you rest in peace, me Da…

And may I find a way to live in peace.

 

Le temps des moiteurs.

HeatWave

C’est le temps des grandes chaleurs. Le temps des débarbouillettes et des éventails de fortune.  C’est le temps des oufs!, des fious! et des ploufs! Des nuits canicules où on s’étoile dans nos draps. Ça colle, ça sue, ça crie dans les rues.

Oui, c’est le temps de parler trop fort dehors. De brasser le smog avec nos corps soudain érectiles. De s’acheter une petite robe de coton et un tube de rouge à lèvre. Le temps de chercher la terrasse, la rencontre et le pichet en spécial.

C’est le temps des pique-niques avec la famille et les amis. Des frisbees lancés aux chiens et des autres chiens qui donnent des tickets dans les parcs. C’est le temps de faire prendre de l’air à sa guitare. Ça joue, ça rit, ça sent le barbecue.

C’est le temps du vert halluciné et du bleu Van Gogh. Le temps de la lumière qui fait sourire, qui fait du bien. C’est le temps de verser sa tête vers l’arrière et d’offrir sa gorge au Dieu Râ. C’est le temps des papillons, le temps des pétales.

C’est le temps des vacances. De s’impatienter à la frontière, de se fâcher contre les enfants en arrière. C’est le temps du millage. C’est le temps des dépenses. Ça veut prendre une photo, ça veut savoir quand est-ce qu’on est rendu.

C’est le temps des sons amplifiés. Le temps des gazouillis, des marteau-piqueurs et des flip-flops.  Les casques jaunes sifflent les filles, les gants blancs sifflent les voitures. C’est le temps des tondeuses, des pics-bois. C’est le temps des cigales.

C’est le temps sudoripare. Des perles de sel qui font moustache aux lèvres et calcium aux aisselles. Les cheveux frisent, les ordis surchauffent et les ménopauses explosent. Ça fleure le musc, les épices, les petits pieds et le cul.

C’est le temps de la fête, des feux d’artifices et des feux de joie. Des piñatas, des tombolas et du gai babil des bambins.  C’est le temps  des drapeaux bleus et blancs et blancs et rouges. De danser sur les trottoirs et de fouler les festivals.

C’est le temps d’aller à la campagne.  De monter la tente, de chasser les framboises, de cueillir les lucioles. C’est le temps de gratter les piqûres et de crémer la peau qui pèle. Ça randonne, ça kayake. Ça plonge dans le lac, nu.

C’est le temps des passions.  Des âmes humides qui s’accouplent pour la première fois. Des couples qui se hurlent à la gueule en face de la disco. C’est le temps des lunes gorgées. C’est le temps des crimes et des forces du mal.

C’est le temps du ciel qui craque.  Du vent jouissif créé par la surprise d’un silver shower tropical. C’est le temps  du sprint vers l’abri, du respect de la nature si forte et du wet t-shirt.  Ça gronde, ça flashe, ça pisse soudain à grand jus.

C’est le temps tant rêvé, le temps d’en profiter. Parce que, demain, déjà, ce sera le retour du temps sombre, le retour temps du temps noir. Des fenêtres qui se ferment, de la petite laine le soir. Bref,  le frisson d’encore un autre hiver proverbial.