Mon Facebook: Comme marcher dans le corridor de mon école secondaire.

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Je m’assois à mon ordi, arabica fumant et croûte de coin d’œil. J’allume Facebook. Petite joie imbécile devant le rouge qui poppe sur le bleu. Je like mes j’aime puis je me promène sur le fil, funambule pas d’vie,  curieuse de celle des autres.

Et voilà que j’ai treize ans d’âge mental dans les couloirs de ma Polyvalente :

La plupart m’ignorent, occupés à discuter avec leur propre gang. Je voudrais que les populaires me saluent, mais non. Faut dire que je déambule avec un air au dessus de mes affaires que j’assume plus ou moins. De toute façon, à chaque fois que je me suis adressée à eux, ça a jeté un malaise, fait que je les zieute, silencieuse et envieuse.

Y’a une fille que je connais pas qui s’approche de moi. Elle veut devenir mon amie. J’hésite un peu, mais ok. Elle me suit alors partout et rit à toutes mes blagues. Je trouve ça un tantinet louche, me semble que j’suis pas si hot que ça.

Plus loin, une de mes vraies copines me montre ses nouvelles boucles d’oreilles. Je m’empresse de lui dire comme elles sont belles, même si je m’en tape royalement.  Je sais qu’elle a besoin d’amour. J’suis pareille. Fait que…

Ha, ha! Le clown de l’école fait des pitreries!!  Je LOL avec une face de tarée grimaçante. Tout le monde le trouve drôle. J’ai envie qu’on me trouve comique aussi, alors je fais une joke, pour attirer l’attention.  Ma copine, ma nouvelle copine et le nerd qui tripe sur moi rigolent comme des baleines. Les autres, pas du tout. Y’en a même un qui me traite d’insolente.  Pffffttt!!!

Un congolais en échange étudiant m’assure que le Messie est de retour pour une modique somme de cinq mille bidous. C’est qui c’te Jesus freak, là? J’te le flushe vite fait, bien fait.

La cheerleader épingle sur le babillard le poster d’un ange. La pensée est belle, mais son dessein est laid. Le footballeur l’a dumpée pour une autre et elle veut démontrer que ça lui fait pas un pli sur la noune. Personne ne la croit.

Tiens, on m’invite à une fête! Y’a peu de chance que j’y aille, mais tsé, faut dire oui, au cas.

Le premier de classe désire qu’on vote pour lui. Je le bullshitte que je vais le faire. Et pour me donner bonne conscience,  je partage deux, trois tracts.

Mon vieux prof de français me vouvoie en corrigeant ma grammaire.  Je décide de mordre ma langue puisqu’il tient à la sienne.

L’aventurier  flashe ses chutes libres dans les Îles Moukmouk avec sa Go-Pro.  On fait tous Wouaaaawwww!

L’émo révèle ses coupures aux curieux, mais la plupart l’évitent, le nez au sol, gênés par sa souffrance.

Le nerd qui tripe sur moi me glisse, en douce, un message d’amour beaucoup trop long. Je suis touchée mais embarrassée. Je me sens obligée de répondre. Surtout que je sais qu’il sait que j’ai vu sa note. Je garnis mon non merci d’un émoji pour faire passer mieux la patente.

Tout à coup, le buzz : Il paraît que la bouffe de la café pourrait nous tuer! On se passe le mot.  On capote! On ne parle que de ça. Ça nous réunit un temps. Il faut faire quelque chose! Il faut faire quelque chose!  Et puis, sans trop savoir comment ou pourquoi, on fini par ne rien faire et la bouffe de la café poursuit sa peut-être tuerie.

J’ai changé mes cheveux. Je me demande si on va le remarquer. Mon cœur bondit: le gars le plus cool de la place vient de me complimenter! Oh. My. God!!!  Bon… en fait, il ne m’a rien dit, mais il m’a fait un pouce en l’air, accoté sur les casiers.

Allô à l’un, sourire à l’autre. Je traîne dans les corridors quand je devrais aller en classe.

Boooon, v’là le frais chié ouvertement sexiste. Il me lance une pique. Je reviens sur mes pas et fait un doigt d’honneur au pédant. Le v’là qui pogne les nerfs et commence à me brasser. Je gronde : Sus au bully et réplique, vitriolique. On en vient aux poings. Les badauds nous encouragent, commentent ou harangues.  Ça devient laid. Le groupe en entier me voit me faire rincer d’aplomb! J’y laisse une touffe de fierté et mon amour propre saigne de la gueule. Je hurle au trou de cul qu’il n’est plus mon ami!!! Et je me sauve aller brailler dans un coin.

J’en ai marre! FUCKTHATSHIT!!! Qu’est-ce que je fais ici? Pourquoi je décroche pas?!  J’ai pas d’affection réelle pour aucun de ces osties de nobody que j’en ai rien à foutre et qui eux se torchent  tout autant de moi! Oui, vraiment, faut que je décroche!!

Mais ma best, perdue de vue depuis des  lurettes, qui habite maintenant à l’autre bout de la planète vient me frotter le dos. Je me retourne. T’es là, toi? C’est vrai?  Si près et si loin? Cette école est pas juste fréquentée par des nuls?

Je m’essuie, me mouche, me console. Ok, d’abord. Ok… Je vais continuer à arpenter les halls en affichant mes poèmes sur les murs pour faire mon intéressante. Parce que quand je serai grande, je serai lue et super likée et tous voudront être mes camarades!

Et peut-être que je leur dirai non. Et ce sera bien fait pour eux. Na!

En général, c’est là que j’éteins mon ordi, cale mes dernières gouttes de café et que je fouille autour de moi à la recherche d’un semblant de maturité à défaut de dignité.

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