D’amour et d’eaux troubles…

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Vient un jour où en a marre de voguer en solitaire avec le chi qui nous pulse les quatre premiers chakras. On a envie de se mettre. Pas se mettre en couple, se mettre point. Puis après, peut-être, oui, se matcher. Parce que le corps qui exulte, c’est bien, mais le cœur qui se sent au chaud, c’est encore plus meilleur. Si on rajoute sur le top, la cerise d’une paire de cerveaux qui se réciproquent la pareille, c’est s’étendre sur la brûlure d’une plage de béatitudes.

Mais comment se pogner un chum quand on est pognée en-d’dans? Quand on a des problèmes d’abandon et de confiance gros comme un texto de cinquante mille mots écrit dans une rage d’insécurités à une heure du matin? Quand on a, en parallèle, un désir d’indépendance si farouche qu’un «j’ai hâte que tu rencontres ma mère» peut nous faire développer l’Ébola juste pour pas à avoir à se coller un faux sourire-valium à la Jackie Kennedy pour aller serrer la main de l’engagement? C’est un casse-galipettes assez sérieux.

Bref, on va se contenter de commencer par se donner le courage de juste ouvrir la porte pis de se fouiner la face fardée dans l’embrasure des possibilités amoureuses. Y’a un éventail, ça, oui. Dur, dur, de se rabattre sur l’un ou l’autre. On va regarder ailleurs si on y est. On renifle, on revire de tous bords, on demande à voir si y’a d’autres sélections dans le backstore. On croque un bout et on remet discrètement dans la boîte. Des fois, on recrache le morceau dans un kleenex pis on fait une face de c’était pas à mon goût, mais j’veux pas te faire de la peine, c’est moi qui ai les papilles difficiles.

On «date». On rendez-vounne. On one night stand ou few months try. On jongle du pénis en bustant son budget en préservatifs. On se protège le cœur autant que le reste. On a appris. On est pas conne. Y’en a pas un calisse qui… qui… On rentre seule. On fait semblant qu’on est contente de d’ça. On rêve d’amour. On l’imagine bon comme une slide de beurre qui fond dans les fibres noircies d’une toast dorée sur un vieux poêle de fonte.

Y’a bien lui qu’on voudrait. Lui qui porte le même bouclier de chair que nous. Lui qu’est notre jumeau, qu’on a reconnu du temps des celtes. Lui qu’on tient sa main d’un bord, pis sa gueule en joue de l’autre. Lui à qui on fait peur avec nos élans et notre rousseur. Aussi bien se sauver avant de se faire faire mal, fuck trop tard…

Et puis, y’a lui. Qui nous attend depuis un boutte. Qui nous aime tellement que c’est weird, que c’est quoi la crosse? Lui qui s’arrange toujours pour que nos doutes soient mis en doute. Lui, qui voudrait nous starter la patente pis nous hurler sur les toits qu’on est ensemble. Lui qu’il faudra lui faire comprendre comme on n’est pas si prête qu’on le prétend avant de lui faire mal, fuck trop tard…

Et on glisse en savonnette élusive à l’huile d’escampette. On se fait pousser des écailles pour finir en queue de poisson, comme la petite sirène à l’envers. On replonge au plus profond de notre océan, où ni lui, ni lui, ne voudront aller nous chercher, car les hommes ne savent pas nager dans nos eaux troubles. On lève la poussière des fonds marins pour bloquer la vision du futur. On espère que les bulles qui nous sortent des branchies ne trahiront pas notre cachette derrière les bancs de narvals à la corne nerveuse.

On est à l’heure des choix et on a perdu la notion du temps et de l’amour. Notre montre est rouillée et s’est arrêtée lors d’un grand choc. On ne voulait plus être singulière et nous voilà plurielle. On ne veut pas perdre et partager notre trésor durement acquis. On ne veut pas parler au « on ». Nous avons la chienne de bicéphaler au « nous ».

On nous somme de remonter à la surface et de faire face à la conjugaison.

Peureuse, je referme le sas.

Et je garde l’oreille, tendue.

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