Payer le prix des étoiles.

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C’est la date anniversaire du décès tout croche et prématuré de la première femme que j’ai trouvé belle. Je connaissais pas Marilyn Monroe. Avoir su que tout le monde tripait sur elle depuis un bout et qu’elle continuerait à faire triper au point que ses babines carmins allait finir sur des sacoches kétaines, les posters de sa jupe en l’air au magasin à une piasse ou sa face tatouée sur le bras d’une millénium qui met ses fausses citations sur Facebook, j’aurais jamais, jamais, jamais jeté mon dévolu sur elle.

Mais voilà, je savais pas qui c’était. J’avais douze ans. Je vivais dans ma famille de lesbiennes, pis un jour, sur la couverture d’un livre posé sur une table à café, une déesse me fait de l’œil. Elle est si incroyablement  blonde et pâle, la bouche grenadine qui s’entrouvre sur l’ivoire si étincelant, que je m’en trouve émue. J’attrape le volume et l’ouvre. Une succession de photos où elle m’invite à l’amour et au jeu. Je l’aime. Je veux être elle. Puis, j’arrive aux portraits de la jeune Norma Jeane et je me reconnais. Je suis elle : pétrie de maladresses, avide d’attention et aspirant à toucher le firmament.

L’ado en quête de féminité a trouvé son modèle. Je débute une collection de ses biographies, je tapisse mes murs de sa majesté et je chante ses tubes en me dandinant devant le miroir, cintrée dans un drap fleuri en guise de robe fourreau. Jusqu’à ce que je découvre à quel point je dégage tout, sauf l’énergie d’une femme-enfant. Et qu’il y a plus inspirantes qu’elle dans la vie. Mais que je le veuille ou non, Marie Curie n’arrive pas à me bouleverser autant que ma pin-up tragique.

Plus vieille, je tombe sur les clichés d’elle pris à la morgue. Le choc. Sans maquillage, les cheveux mouillés ramené vers l’arrière, le visage dans un sommeil enfantin… Marilyn morte est de nouveau Norma Jeane.  Je commence alors à imaginer sa dernière nuit.  À obséder serait plus juste.

Ses heures fatidiques sont nimbées de mystère. On accuse JFK ou son frère. Sinatra ou les somnifères. Son psy ou ses tendances suicidaires. La responsable de sa disparition demeure, peu importe les scénarios, elle-même. Mais ça m’est difficile d’accepter qu’elle ait crevé dans sa merde, seule et malade, junkie et alcoolique.

Aujourd’hui, à l’ère des paparazzis et des évidences prises avec des cellulaires, je serais témoin de la Monroe étendue sur le bord du trottoir, défoncée et en larmes. Son décès ne m’aurait pas surpris. Comme quand le cœur à la méthadone d’Anna-Nicole a cessé de battre. Une « trainwreck » de moins, allez! Une autre pitoune aux totons ballounes attend son tour au tourniquet des sex-symbols interchangeables.

Cependant Marilyn était d’un autre temps et d’une autre trempe. Je veux espérer qu’elle était lucide dans sa détresse. Je veux croire qu’elle se gardait une p’tite gêne, qu’elle avait de la classe dans sa dérape. Je sais qu’elle tendait à être plus qu’une jolie chose émoustillante avec un cul qui sent la glace à la vanille et le Coca-Cola. Pour une tête de noix décolorée, elle était véritablement curieuse et cultivée. Elle lisait les grands philosophes de son temps, écrivait de la poésie (assez bonne, ma foi!) et peignait à ses heures. Elle a même osé sa propre maison de production. À l’époque, c’était culotté.

J’ai vu et étudié tout ses films. La pluparts sont poches. Y’a quelques perles. Dans tous, elle y resplendit, fragile et magnifique, drôle et candide. Elle a du poupoupidou dans sa livraison qui me la rend singulièrement attachante. Quelques fois, elle est criante de justesse. D’autres, frustrante de terreur et de manque de confiance.

J’observe souvent Norma Jeane avant qu’Hollywood lui fasse enfiler la peau de Marilyn et qu’elle devienne une décâlissée de la vie entretenue par les doctor feel good.  Avec son petit sourire timide et son corps qui ignore encore comment se placer pour plaire, je veux la protéger de ce qui s’en vient. Je me dis qu’elle aurait été mieux de rater son but d’être célèbre et enfin aimée par la planète. Elle aurait sans doute eu une vie perturbée malgré tout, avec sa propension à la déprime et à l’abus de substances, mais elle aurait tellement moins souffert.

En songe, j’ai fréquemment tenté de la sauver, cette fameuse soirée du 4 au 5 août. Je la supplie, la secoue, lui prépare un café. Elle fini toujours par me convaincre que ça l’arrange. Qu’en mourant avant la déchéance, non seulement la douleur disparaitra, mais qu’elle entrera dans la légende. Pis ça, Norma Jeane le désire le plus au monde et elle est prête à payer le prix des étoiles. Ça fait que je l’abandonne à son sort, dans cette maison achetée à peine quelques mois plus tôt.

Et quand je la quitte, agonisante, j’enjambe en faisant attention de ne pas piler dessus, les quatre tuiles dans son entrée pavée sur lesquelles on peut lire l’annonciateur «Cursum Perficio»…

Ma route s’achève ici…

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5 réflexions sur “Payer le prix des étoiles.

  1. J’aime boucou vous lire! J’aime particulièrement ce billet. Il me donne envie d’apprendre à connaître l’icône, la Marylin dont il est question. Auriez-vous la gentillesse de me suggérer un ou des films, documentaires ou écrits qui pourraient m’apprendre la vie de cette dame, cette femme-enfant? Suis-je culottée d’ainsi demander?
    Merci!

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    1. Commencez par la biographie de Donald Spoto. Beaucoup de mensonges et inexactitudes dans les doccumentaires. Il faut dire que même Marilyn inventait des histoires pour se rendre plus intéressante. Elle n’avait tellement pas besoin, mais tsé… Pour ce qui est des films, pour le côté comique : Gentlemen prefer blondes, Seven year itch, Some like it hot et pour le côté dramatique: Bus stop et the Misfits. Enjoy!! 🙂

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