Le tour de moi en trente jours.

8501375828_59368f5d4d_b

Le défi consistait à m’imposer un mois d’abstinence de l’Internet, de Facebook, de télé, de café, de cigarette, d’alcool, de cannabis et de sexe. Pourquoi? Parce que je trouvais que ça prenait pas mal de place dans ma vie et je voulais checker ce qui m’arriverait en étant «sans».  J’étais déjà prête, même ouverte, à la rechute. Je voulais juste voir où je tricherais et quand.

Et c’est comme ça que j’ai découvert que j’étais pas exactement qui je pensais être…

Je me suis toujours présentée comme une poteuse, soûlonne, à la cuisse légère. J’ai pensé que je trouverais ça dur en p’tit flasque de gin de ne pas consommer. Mais, curieusement, en me passant pas mal tout le temps de mes perturbateurs, j’ai rencontré une fille que je ne connaissais pas. Et je me suis plue pas pire pantoute.

D’abord, force m’a été de réaliser que ma pire dépendance est le café. Les premiers dix jours ont été aussi agréables qu’une couronne d’épines sur un front brûlé. Aucune Advil n’arrivait à détendre mes tempes. Et difficile d’accomplir quoique ce soit quand nos siestes durent deux heures et nos nuits, onze. J’étais in-ré-vei-llable.

J’hésite à repartir ma machine espresso, tant le sevrage fut pénible. Surtout que les quelques vrais cafés ingérés lors de tournages à l’aube ont invité la blonde de Belle et bum à venir drummer du tam-tam dans ma cage thoracique jusqu’à m’en faire écraser mon verre en styromousse rempli d’arabica fumant qui coule sur mes doigts tremblants. Fait que, non. Juste non.

Ensuite, la surprise du mois : j’suis pas addict à l’alcool. Je sais. J’en suis tombée en bas du zinc, moi tou! La plastic irish qui pogne même pas le shake en pensant à boire. Dans mon bar s’enlignent toujours mes bouteilles de rouges, mon scotch, mon porto… Pas touché ça pendant 29 jours. Moi! La reconnue comme rarement sobre! Pas bu. Pas une goûte. Ni chez moi, ni avec les autres.

D’ailleurs, parlons-en, des autres. Toute seule, j’ai la volonté et la discipline de Céline Dion en tournée. Je pense même pas à tâter du défendu! Mais mettez-moi en présence d’un autre et si le joint se passe, je le prends. Sans hésitation. Puff, puff, puff, yeux qui plissent, sourire bêtement béat.

J’ai aussi fumé quelques cigarettes, encore une fois, parce que j’étais en présence d’un fumeur. J’ai constaté que c’était ma plus grande faiblesse, l’autre. Si je suis dans un groupe, ça va. J’suis trop fière pet pour qu’on me surprenne à briser ma promesse de pureté.  Mais en tête à tête, le self control fout le camp. «Allez, donne-moi z’en une! Fuck it!» résume assez bien la patente.

Et pour ce qui est du sexe, la seule raison pour laquelle j’ai baisé, c’est parce que l’ami-amant m’a dit que ça serait bon pour ma migraine. Ce qui n’était pas faux. Mais ça m’a touillé de ne pas savoir dire non à un homme. Je sais, ami-amant, tu vas lire ça pis va falloir que je m’explique. J’ai super hâte. Ça va être le fun, j’aime tellement ça la confrontation. Presqu’autant qu’une migraine.

Je croyais que la télé, l’Internet et Facebook me manqueraient comme un stormtrooper manque sa cible. Et non. Zéro. Ben hâte de me taper le nouveau Stephen Colbert, mais ça m’a pas tenté d’aller fureter les ondes. «T’as pas vu les images du p’tit Syrien mort la face dans le sable???» Non. J’ai pas vu. Ben contente. J’ai su la nouvelle. C’est assez.

Sans ces parasites électroniques et chimiques, j’ai trouvé le temps d’avoir du temps pour moi. J’ai jamais autant lu, enroulée dans les coussins du divan, à me gosser une lordose. Jamais autant marché d’un bord et l’autre de la ville. Jamais autant écouté ma respiration, les yeux fermés. Jamais autant magasiné aussi. Ouaip. Parce qu’une compulsive va toujours compulser, ça d’l’air. Faut seulement bien choisir ses compulsions. Faire des Lego, oui. Faire du free base, moins.

D’ailleurs, très drôle comme la plupart de mes dépendances se situent au niveau de la bouche. Goulot, mégot, bouffe… des bouchons. Qu’est-ce que j’ai peur qui en sorte de ma bouche? Qu’est-ce que j’ai peur de dire? La vérité? Oui. Pas l’écrire. La dire.

C’était à prévoir, j’ai gagné quelques kilos. Ceci dit, mon surpoids n’est peut-être pas tant dû à ce que j’ai mangé qu’au fait que, sans café ni clopes, je n’ai toujours pas chié de façon satisfaisante en un mois.

Je disais, plus tôt, que j’ai été 29 jours sans alcool. L’exercice était censé en durer trente. Hier soir, je me suis sentie rebelle. J’ai ouvert le mousseux. M’en suis sifflé les trois quart. Wooohooo! Party! Puis j’ai vomis jusqu’à ce que la doublure de mon estomac aille flotter dans la cuvette.

Couchée à quarante cinq degrés pour gérer tant bien que mal la nausée du carrousel sur les chapeaux de roues, j’ai ri de moi pour vous.

À la poubelle, la rebelle!  Je préfère de loin qui je suis «clean». Je dirais même que je me sens bien «sans». Quand je m’offre du bon, mon esprit, mon estime et mon teint s’en porte tellement mieux.

Maintenant, si vous me permettez, je vais aller méditer en faisant mon yoga…

Ha, ha! J’vous niaise. Je vais aller mettre une nouvelle photo de profil sur mon Facebook. J’me demande si on s’est ennuyé de moi.