La borgne chez les voyants.

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Un an que ce blogue existe. Ouaip.  Créé à un moment où écrire me semblait la seule issue à une démence qui commençait à ping-pogner solide dans mon cerveau. Le besoin d’extérioriser des démons avec les mots, sans trop me préoccuper d’être lue ou non. Juste écrire pour guérir.

J’ai toujours griffonné des histoires, tenu des journaux, chroniqué l’espace autour de moi. J’ai hésité longuement à penser que je pourrais en faire un métier, parce que j’suis resté beeen trop longtemps sur ma marde de mes douze ans…

J’avais remporté un concours d’écriture qui mettait en compétition les élèves du même âge dans toutes les écoles de l’Outaouais. C’est grand l’Outaouais quand même…. J’veux dire… Ça en fait du boutonneux qui tente de fignoler un éditorial! C’est votre humble scribe qui gagne la patente. On tape des mains dans la salle. Gros trophée, gros ruban bleu, grosse encyclopédie, grosse pognée de main avec l’ambassadeur de France. J’suis impressionnée. Je shake en dedans. J’en reviens pas de moi-même. Je me tourne pour voir ma mère dans le public qui semble complètement agacée parce que l’orchestre a joué le Ô Canada.

J’entre dans notre bazou avec ma mère et elle me demande de voir mon texte placé dans un Duo-Tang chic avec une lettre de félicitation dedans. Chuuuuu fièèèèère, z’avez pas idée! Ma mère lit quelques lignes et soulève plein de fautes.  Elle est outrée du système scolaire, ici. Elle me remet mon truc et tourne la clé dans le démarreur. Entre ses dents, elle murmure, dépitée : «C’est ça le français dans l’Outaouais! Y récompensent une borgne parmi les aveugles…»

J’suis morte. J’l’ai pris personnel exposant 10. Pis j’ai encore la balafre en travers du gorgotton. J’tais morte souvent avant. J’suis morte souvent après. Mais là, ça a été le clou dans ma balloune d’ego.

Si on pouvait éviter de pitcher des roches sur ma mère, s’il-vous-plaît. C’est une femme extraordinaire qui m’a montré plein de choses magnifiques. C’est juste pas la queen pour donner de l’estime de soi, c’est tout.

Anyway, depuis c’temps-là, on dirait que la critique me drille un trou un p’tit peu en haut du plexus solaire vraiment facilement. J’en parle pas souvent. Mais ça me fait mal et je me sens facilement ébranlée.

J’ai plus réellement osé écrire pendant 25 ans. Pis merci, crise de la quarantaine et tes remises en questions sur parfum d’hormones,  j’ai auditionné dans deux grandes écoles où j’ai été acceptée pour me faire enseigner, qu’écrire, tu l’as ou tu l’as pas. Pis que je l’ai quand même pas pire, même si j’écris drôle.

Depuis peu, j’en vis. Pauvrement, mais j’en vis. Ça a redonné confiance à la floune qui se roule la tresse en se mangeant la peau dans les joues.

L’an passé, dans une détresse profonde, avec un besoin de hurler ma vérité, sous les encouragements d’une bonne chum, j’ai parti ce blogue anonyme. À des fins thérapeutiques. Écrire comme j’ai envie, de ce que j’ai envie, sans peur et sans reproche.

Et les reproches ont tout de suite starté. «Han? Pourquoi t’as nommé ton WordPress «Auteure masquée»? AuteurE, en plus! Pourquoi pas ton nom, Christine Foley? Tu veux pas que le monde te connaisse?»  Ben, gueuh, oui. Je… Mais j’tais gênée pis… je peux pas renommer ma signature WordPress, j’ai essayé. J’suis techno-tarte. S’cusez.

J’ai donné le titre  de «À vos risques et périls», parce que je savais que bien des gens n’apprécieraient pas l’impudeur dont j’allais faire preuve. Maudit qu’on m’a fait savoir que c’était quétaine! S’cusez.

Le sous-titre : «Les échos d’une crisse de folle», c’est parce que j’étais exactement ça. Folle. On m’a fait comprendre que ça dérange. On aimerait que l’auteure soit mieux dans sa peau. J’tais folle, crisse! Qu’est-ce que vous voulez que j’vous dise? Oups… Je travaille ben fort sur me mettre un filtre, s’cusez.

Bref, j’ai publié mes textes comme une hémorragie, comme un flot de lave, de fiel et de bile. Beeuuuuaaaarrrrkkkk! Des années de retient ben qui vomissent en un volcan de colère à peine contenue. Plusieurs d’entre vous avez détesté ça, d’une shotte. C’est correct. J’suis pas pour tous. S’cusez-moi. S’cusez, faut que j’arrête de m’excuser. S’cusez.

Mais ceux zé celles qui ont continué à me suivre ont, soit : Ca-po-té ben raide sur mon cas jusqu’à m’en demander quoi faire avec ça. J’pas habituée. Soit, ils ont commencé à me dire chacun leur tour ce que je devrais changer pour aimer vraiment ce que j’écris.

Ce fut le début de la remise en question, le doute de soi, le y’ont pas tort. On me trouvait trop. On me trouvait pas assez. Je me suis mise à prendre les critiques hebdomadaires en considération. Et là, tranquillement, sournoisement, y’est arrivée une affaire poche. J’ai commencé à bloquer. Pour la première fois de ma carrière, toutes créations confondues : rien. Rien qui me vient. Terrorisée à l’idée de déplaire.

Voici l’exemple d’un message envoyé par quelqu’un qui me lit chaque semaine et qui me trouve pleine de talent: «Tu t’enterres sous des tonnes d’autres mots ou d’expressions a la mode.  Quand tu écriras avec ton cœur, ce jour-là, tu diras: je suis écrivaine et auteur….Tu nous montre tes émotions et ensuite tu fais une pirouette et nous lances soit un gros mot, soit tu nous mets le nez dans des scènes tellement réelles que nous en tremblons ou bien tu nous traites de toutes sortes d’affaires.»

Et je réalise que c’est vrai. Je pensais écrire avec mon cœur, mais je n’écrivais qu’avec mes tripes.  Et pouf, j’ai l’impression de ne rédiger que d’un œil. Je suis borgne à nouveau .

Me voici. C’est mercredi. Jour où j’ai l’habitude de m’adresser à vous en faisant un strip-tease de mon état d’âme de la semaine. Jour où je me libère, vous agace, en danse lascive ou en fouettant mes cheveux. Je vous montre rien qu’un détail, ou, hop, je me dévoile entière, pour me cacher à nouveau en vous donnant une petite pichenotte sur le nez. Je vous offre soudain une finale en spread eagle avec un clin d’œil entre mes jambes ou je baisse le regard, timide, en me couvrant de mes avant bras…

Le curseur clignote sur ma page et je suis jammée ben raide. Telle une jeune première, un soir de deuxième, quand les journaux n’ont pas tous été tendres, l’oeil collé entre les rideaux de velours rouges en écoutant la salle qui se comble. Le trac m’étouffe et j’ai la chienne de décevoir maintenant.

Plus de 85 mille visites de partout sur la planète pendant l’année, Christine!  On est curieux de toi, Christine. Écris, Christine. Écris. Écris!! My God, écris n’importe quoi, mais écris!

Je pense à ceux qui me connaissent dans la vie et leurs clics silencieux. Leurs lectures de moi sans jamais m’en parler. Je me dis qu’ils ont honte de moi. Ça me rappelle quand j’étais une pute  et que mes clients ne me saluaient pas quand je les croisais au Canadian Tire.

Écris. Insulte les pas, bâtard, écris!

Je pense à toi qui me lis en R.A.S chinoise de Hong Kong. Je t’aime. Je t’aime de m’aimer, étranger, étrangère. De me pardonner mes textes moins forts, mes ratés et de toujours me revenir. Souvent plus d’une fois dans la semaine. C’est pour toi que je devrais continuer.

Mais voilà…

J’y arrive pas. J’suis sur l’accotement, amnésique et polytraumatisée. Je sais plus comment faire. Paralysée au dessus des touches du clavier. J’ai juste le goût de gommer, d’effacer le pas bon, de recommencer, de gagner la médaille et les applaudissements des mamans. Je voudrais écrire ce billet qui vous rendrait tous heureux. Quitte à m’en rendre malheureuse.

Pour ce faire, mon billet devrait être personnel, mais qu’on puisse s’y reconnaître. Léger à lire, mais profond dans son contenu. Sans fautes, ni anglicismes. Comique, mais en subtilité. Habile dans la formulation, mais sans faire ampoulé. Provocateur dans les idées, pas les images. Oui. Allons! Allons!

Je me sens dépassée, je me sens incapable, je me sens cyclope parmi les voyants, plotte parmi les voyeurs.

Alors quoi? Tout abandonner? Ce serait facile, tentant. J’ai plusieurs contrats d’écriture qui me tiennent occupé la bourse et le calendrier…

Mais ici… Ici, je voulais peindre avec mes propres pinceaux, mélanger mes propres couleurs. Je voulais prendre le droit à l’essai et erreur. Ici, c’était mon cahier d’exercice, le piano où je faisais mes gammes. C’est beau ici. Même si c’est un peu croche. C’est chez nous, fait que…

Ce que je propose, puisque mes entrailles n’arrivent pas à pondre l’œuf d’or tant désiré,  c’est de me revisiter. Je repars du début,  je me corrige, me relis, me rédige à nouveau éclairée par ces douze mois, puisque la crisse de folle n’est plus autant folle…

Ouan. C’est ça que je vais faire! Je m’éponge et remonte dans le ring. Je vais garder mes moves, mais en écoutant ce que les coachs n’arrêtent pas de gueuler derrière les cordages.

Mercredi prochain, je fais du neuf avec du vieux. Peut-être que vous aimerez le second coup d’œil? Peut-être pas. Je me remixe. Et comme j’suis quand même une borgne bornée,  je vais vous offrir également du flambant la pine, parfois, parce que c’est quand même mon blogue à moi et je fais ce que je veux, calisse! S’cusez! Ha, Zut! S’cusez! Merde!

C’est sûr que certains d’entre vous vont insister de pas me laisser atteindre par la critique, pis j’vais trouver que vous avez bien raison, pis j’vais encore être plus fourrée, mais tsé…

Je me recycle pareil. Un recul pour mieux bondir vers l’avant.

Merci de m’avoir lue. Merci de me relire.

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14 réflexions sur “La borgne chez les voyants.

  1. Ô Chérie. Tu es magnifique. N’en doute pas. Même si tu en doutes tout le temps 😉 C’est un délice de te lire. Parce que, précisément, ce sont tes couleurs , ton essence, tes graffitis et tes mots-calins que tu nous lances au visage. Bref. Go, go, go, Fais comme tu en as envie. Écris comme cela te rend heureuse.

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    1. Oh,merci! Kerci! J’écris comme ça me rend heureuse, oui. Je sais pas faire autrement. Mais je dois réécrire aussi pour le bonheur de mes lecteurs. Il y a mes inconditionnels, mais j’en veux plus, encore. Je veux d’l’amour tout plein! Raaaahhhh! 😉

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  2. Je t’aime, belle femme, ta force se trouve entre autre dans ta fragilité. Je trouve que c’est une des plus belles. Ne l’oublies pas !

    Caroline

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  3. J’adore votre facon d’écrire, de vous exprimer! N’en changez rien a moins d’en avoir besoin, pour vous! J’attend toujours impatiemment vos nouveaux textes qui sont rafraîchissant et divertissant

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  4. hey, mais changez rien , bon sang ! continuez, progressez (ou pas) et surtout restez dans le mélange de VOS couleurs, vous n’avez rien à vendre, bazar …
    Une qui vous lit du pays où on parle pointu (et qui commente peu 😉 … )

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