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Mon coming out hétéro à ma mère lesbienne.

Ma mère aime les femmes. C’est comme ça. Elle aime aussi plein d’autres choses, comme le jazz, l’art amérindien et le Veuve Clicquot. Mais, oui, ma mère est lesbienne. Lesbienne végétarienne pour être plus précise. Tuque tyrolienne, sandales en tofu et tout et tout.

Bien sûr, elle a eu ses moments avec les hommes. Enfant d’à peine vingt ans, elle s’est mariée à un gars pour accoucher de moi cinq minutes après.

Ensuite, y’a eu un autre papa qui a passé un bout de temps avec nous, mais bien vite, une madame, et une madame, et une autre et une autre qui est restée. Bref, j’ai surtout grandi dans un univers de broutes luzernes.

Aucun trouble avec ça. Du tout. Aucune de mes cicatrices et bouderies d’enfances n’ont à voir avec le fait qu’elle joue pour la ligue des pantoufles. J’ai été couvée, stimulée, nourrie…

À la différence qu’il y avait beaucoup plus de Always extra absorbantes sous le lavabo et que, grâce à une alimentation très riche en légumineuses, j’ai déféqué des chaises en osier jusqu’à ce que je me prenne un appartement.

À  douze ans, j’ai réalisé que contrairement à mon entourage,  j’aimais ça moi, les hommes. Et pas seulement les hommes, les hamburgers. Quand ma tante m’a amené chez Harvey’s… l’odeur de chair grillée… j’y pense et ma langue mouille d’anticipation.

Cette galette de bœuf suspicieusement symétrique, ces deux beaux petits pains rebondis qui goûtent le bonheur… Tout ça mélangé avec le zing dans la mâchoire du ketchup et des cornichons. Oh! Praise the Lord! Allelujah!

À ce moment là, j’ai su que j’aurais de la misère à retourner à la tarte au millet. À la suite d’un slow avec Paul Pilon (allllôôôô Paul), c’était officiel, j’aimais non seulement la viande, mais particulièrement la saucisse.

C’est autour de mes seize ans que j’ai fait mon coming out à ma mère. J’ai déboulé jusqu’à elle en mini-jupe et talons hauts. J’ai pris mon courage à deux mains aux ongles vernis rose nananne et j’ai lâché : «Chu là! J’t’aux gars! Habitue-toi!».

Ma mère a levé tranquillement ses yeux de la Gazette des femmes, et m’a rassuré qu’elle se doutait déjà que je n’étais pas homosexuelle. Quelque chose ayant rapport avec ma façon générale de me tenir. J’étais presqu’insultée. « Quoi, ma façon? Comment ça se tient une hétérosexuelle?? »

Mais c’est quand je lui ai annoncé que j’étais carnivore… Là… Là, elle s’est sentie mal. Qu’est-ce que ses amies de PETA allaient penser? Toutes les maladies que je risquais d’attraper! L’E. coli, la vache folle, les hormones!! « J’espère que tu te protèges pis que tu manges pas cru au moins?? »

Ô ma pauvre maman… Comment lui avouer que je venais tout juste de m’avaler, bareback, un tartare de cheval bien relevé?

Heureusement, avec le temps, elle s’est fait à l’idée et ne se préoccupe plus de ce que je mange dans mon assiette comme dans mon lit. Et pour pousser l’analogie plus loin, elle sait que j’ai essayé le veganisme quelque fois. C’est correct… Mais c’est pas pour moi.

Que voulez-vous, j’suis née comme ça…

 

Le mois des ciseaux.

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C’est le mois où les pointes fourchent et les couples cassent.  Le mois où le grand mal peut nous surprendre en plein bonheur. Le mois où certains sont mus par l’envie de se couper une frange et d’autres, de se faire hara-kiri.

Novembre débute à l’aurore du 1er avec la marche de la honte des déguisées en vampire-pute, le fard aussi effacé que leur dignité. On passe de Boooo! à Brrrrrr! en une nuit.  Les chères poules ont maintenant la chair de poule.

Oui, voici venu le temps des petites laines et des gants achetés au Dollarama.  Le soleil va de plus en plus se cacher derrière un voile de coton à fromage.  Les magnifiques orangés des feuilles et des cucurbitacées vont brunir et annoncer l’arrivée du deuil et de l’acier.

On change l’heure et ça nous fait changer d’air. Les sourcils se froncent, les épaules s’enfoncent. On n’a pas voté pour ça. On tente de se humer le festival des couleurs, mais la grisaille guette à cinq heures moins quart.

On remonte son col où on a épinglé une tache de sang pour se souvenir de soldats oubliés. Ils sont tous morts. C’est le mois des morts. C’est le mois où se passer la corde au cou a un tout autre sens qu’au mois de juin.

Les scorpions vont souffler leurs chandelles avec un Fu Manchu sous le nez pour une prostate gonflée de réseaux sociaux.  De leur côté, les vieilles filles vont célébrer leur Sainte-Catherine avec le goût de se déballer une tire ou de se tirer une balle. C’est selon.

Les décorations de Noël illuminent déjà le fond des portefeuilles et les feux sauvages font lumignons sur les bouches de plusieurs. Novembre, c’est aussi le moment où les dernières bernaches et les premières matantes migrent vers le sud.

Bientôt, il ventera. Il ventera à écorner les bœufs en pantalons de camouflage. Il ventera à faire claquer les volets, les dents et les malades. Un vent terrible qui geint, gifle et fouette. Un vent bdsm sur nos culs vanilles.

Puis, la première neige fera patiner les pneus des penseurs magiques dans les rues mouillées. Les piétons avanceront comme des poulains naissant sur les trottoirs finement glacés. Seuls les enfants et les purs sortiront la langue vers le ciel ou feront craquer la mince vitre de glace sur le trou de gadoue pétrifiée.

Avec un peu de chance, on stoppera les sécateurs à un pouce de notre poignet ou de notre arcade sourcilière. On s’arrêtera net avant de se donner la mort ou un look de punkette trisomique. On comprendra que les ciseaux, ce n’est jamais une solution. Ni les larmes de rasoir. Ni les liqueurs finales. Ni les comprimés kamikazes. Ni les sauts de l’ange dans les eaux usées.

Il faut garder espoir que la marmotte verra son ombre au bout de l’hiver. On s’achètera une barrette pour sa couette dans le front, une douillette pour ses petons transis et on survivra les blues de novembre en suivant les Canadiens de Montréal.

Après tout, c’est peut-être l’année de la Coupe Stanley… Ce serait bête de manquer ça.

 

 

L’amour à part.

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Habiter avec sa douce moitié est un tue l’amour. J’ai essayé. Plusieurs fois.  Je suis incapable de vivre avec quelqu’un.  Je me retrouve tout le temps à faire mes boîtes et partir. Et bien que les raisons de la rupture fussent plus profondes qu’un simple problème de cohabitation, je pense que ça n’aidait pas la cause.

Pourquoi devoir se soumettre aux habitudes de l’autre? Pourquoi l’autre devrait-il subir nos propres façons de faire? Pourquoi les compromis obligés allant de «quel côté du lit dormir» à «quel côté le rouleau de papier de toilette doit se dérouler»? Pourquoi se plier, s’oublier et perdre son caractère pour acheter la paix?

Partager un loyer avec son amoureux, c’est très vite perdre son individualité et se mettre au «On» :

«T’as pas su? Mon chum pis moi, on déménage ensemble! On est tellement content, là!».

«J’peux pas ce soir, on va voir Philippe Bond au St-Denis. On l’aime assez! Oui, oui! J’t’assure!»

«Hi, caline, on n’est pas sûr pour quel clown on va voter. Au début, j’pensais Vert, mais on a changé d’idée.»

Lentement, l’élu de notre cœur nous  impose un oiseau de malheur, le volatile picosseur, le «Faut qu’on» :

«Ok, y’a plus d’ustensiles, faut qu’on fasse la vaisselle! Oups! Pis faut qu’on achète du savon, ok?»

«Faut qu’on enlève les feuilles de la gouttière! Pis faut qu’on fasses nos impôts en fin de semaine, sérieux!»

«Allez! Dépêches-toi! Faut qu’on y aille. J’t’ai dis, faut qu’on soit là à trois heures!»

Doucement, sournoisement, le «T’as-tu» se rajoute à notre langage :

«T’as-tu sorti les vidanges?»

«T’as-tu niaisé avec mon ordi?»

«T’as-tu écouté c’que j’t’ai dis?»

Puis, un jour, on en est rendu à alterner le «Toujours» et le «Jamais». Et c’est foutument désagréable :

«C’est ça, c’est toujours les reproches!»

«On dirait qu’t’es jamais dans l’mood!»

«J’ai jamais dis ça! Faut toujours que t’exagère!!»

On lâche les bombes sans plus trop s’en rendre compte. On en reçoit tout autant, sans trop les entendre. Mais on devient de moins en moins fou l’un de l’autre.

Habiter avec son âme sœur, c’est se gosser le bonheur à petits coups de canif pour ne laisser que des copaux de déception. C’est mettre en commun le stress des responsabilités, des tâches et des dettes et venir émousser le désir, la tendresse et le respect.

Dans mon idée, en ayant son propre lieu, un couple s’épanouit chacun de son côté, garant de ses choix, complètement autonome et intègre. Il peut se commettre complètement tout en pratiquant le principe de «tes bébelles pis dans ta cour».

Imaginez se rencontrer pour la simple envie se voir. Aider parce que ça nous tente, pas par nécessité. Partager sa journée, se révéler comme avec personne, mais sans avoir à s’excuser de ses idiosyncrasies ou devoir gérer celles de l’amour de notre vie. Bref, mettre une croix sur le quotidien à deux.

Je sais que l’amour à part, n’est pas pour tout le monde. Beaucoup me jurent qu’ils s’épanouissent en coexistence. C’est presque louche…  Mais pour moi et mon caractère papier sablé, ce sera la seule manière pour que mon couple dure.

Et si ma relation éclate en morceaux et en sanglots, je remettrai mes clés et irai vider des boîtes de Kleenex, plutôt que des boîtes de déménagement.

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Attention derrière!

Dans ma jeunesse, avoir un gros derrière était une malédiction. Je faisais ma fraîche avec mon petit postérieur bien serré et mes copines se laissaient crever de faim dans l’espoir de «fitter dans leur Jordache».

Les temps ont bien changé et je n’ai plus la cote du tout avec mon derrière de Barbie. Aujourd’hui, J-Lo a l’air d’une anorexique du popotin si on la compare au monstre callipyge Nikki Minaj. Les filles en manque d’attention se prennent en selfies toutes fesses dehors, les lombaires qui creusent en pentes de ski. Leurs poitrines refaites ne servent plus à grand-chose, vu que c’est le pèteux qui récolte la gloire.

On est vraiment à l’ère du gros cul de la mort…

Ce n’est pas si surprenant, même si ça m’écœure étant donné la modestie de ma croupe. Le monde de l’Entertainment nous influence et la caucasienne moyenne aux cheveux en ruche d’abeille qui voulait pleurer à son party a été remplacée par des Noires et des Latinas qui vont wobbledy wobble, wo-wo wobble, wobin.

Y’a rien qui me fait plus rire qu’une nympho pâle et désespérée qui twerke en brassant ses deux miches farineuses. Tu ne feras pas bander ta génération, Miley, lâche prise.  Les vidéoclips sont pleins de gros ballons huileux qui font bedonkkedonkent dans la lentille. Et la cellulite n’est pas un problème tant que tu possèdes une raie de douze pieds et deux belles plaques tectoniques en plein séisme.

En rajoutant tous les sucres et les gras qui s’immiscent dans les estomacs occidentaux, les grosses font désormais partie du pays de la drague. Les hommes jettent un regard de plus en plus intéressé aux gourmandes et délaissent les brioches sans gluten.

Comme je vis à l’époque trash du Web en folie, mon esprit est sollicité aux quatre coins de l’écran par les lunes de célébrités décérébrées et d’inconnues à peine légales qui me font des clins d’œil brun.

En fait, c’est tellement l’obsession du troufignon ces jours-ci, que je ne peux même plus regarder de la porno tranquille puisque, présentement, les scènes de sodomie sont obligatoires et spectaculaires. Ça va de pipe baveuse à l’Étoile Noire en un revirement de la fille. Le valeureux Rocco combat le vertige en allant planter son drapeau en plein cœur du Mont Big Booty. Et comme si ce n’était pas assez, il appelle ses amis et, allez, deux, trois phallus de plus dans la boîte à mélasse!  Mmmm, ‘kéééé…

Bref, ce que je veux dire avec mon délire, c’est que j’ai été complexée par mes petits seins pendant des années et je m’accepte enfin. Je refuse de commencer à dénigrer mon pratique coffre compact de course. Vous me réveillerez quand les échalotes à grandes gueules seront considérées sexy.

Sur ce, il ne me reste qu’à me rouler la bille sur de vieux VHS de Ginger Lynn…