Une introvertie avertie.

Introversion

«Toi, t’es une extravertie, ça paraît!» me dit-on, le visage trois pouces trop profonds dans ma bulle. C’est vrai que j’ai trouvé le moyen de faire du vent avec mes bras pour imiter la joie d’être en société. Mais je suis rarement aussi bien que seule chez moi.

Mon nom est Christine F. Et je suis une introvertie avertie…

J’ai grandi cachée derrière une patte de table ou une jambe d’adulte, à jauger l’étranger et ne pas savoir quoi lui dire. Peut-être  parce que j’suis enfant unique, ou parce que j’ai vite rencontré des humains indignes de confiance, j’ai toujours préféré me retrouver dans le noir de mon garde-robe à lire des bédés éclairées par des jouets phosphorescents.

Évidemment, ce trait de caractère m’a donné une adolescence merdique. Une jeunesse de pouces dans les paumes et d’épine dorsale dans les coins de pièces. De la parfaite chair à intimidation.

Mes parents s’inquiétaient, voulaient que je me fasse des amis, que je sorte un peu! Dans ma tête de névrosée, aller à une fête d’école signifiait risquer l’humiliation comme dans le film «Carrie» avec la ligne «They’re all gonna laugh at you» en boucle, mais sans les supers pouvoirs kinesthésiques pour tuer les tyrans.

Plus tard, j’ai trouvé une formidable façon de sortir de ma coquille! Ma potion magique? Gin tonic! Mon armure? Robe de pute! Pourquoi parler aux gens, quand les gens viennent à toi? Bien, sûr, par «gens», je veux dire« hommes ». Et par «hommes», je veux dire «singes en rut». Mon arme? La «bitcherie» de protection! On ne te fera pas mal, si tu blesses la première. Zing! Kapow!!

Ça m’a donné plusieurs fins de soirées bien tristes, je dois vous dire…

Encore persuadée que je devais changer ma personnalité, je me suis jetée dans des situations contre-phobiques comme si c’était une cure envers la gêne. J’ai étouffé mon anxiété sous des blagues de mauvais goût; secoué ma carcasse comme une exubérante; étirée mon corps avec d’autres sur des tapis bleus; visité des festivals bondés de suceurs d’oxygène; participé à des lancements prétentieux; louvoyé entre des Ponzi déguisés en sauteries et survécu des soupers spaghettis arrosés de décibels irritants.

J’ai même passé à travers deux surprises-parties en mon honneur sans qu’on remarque que j’allais aux toilettes me respirer dans les mains en cherchant comment me sauver de là.

Plus je feignais l’extraversion, plus je me vidais de mon énergie vitale. J’allais jusqu’à détester qu’un ami m’invite prendre un café et je m’infligeais une gastroentérite pour m’en excuser.  Je me grugeais si bien le nerf social qu’à la fin, un rien m’angoissait. L’œsophage me rétrécissait juste à l’idée de retourner un appel. Quelques coups inattendus à ma porte et j’allais rejoindre mon chat derrière la sécheuse.

Un jour, j’ai cassé d’un coup. Mon fils a quitté le nid et moi, j’ai quitté mon mari. Je suis retournée dans le noir. Je ne voyais plus personne. Seule! Enfin seule! Je suis devenue une recluse à deux, trois pots d’urine d’Howard Hughes.

À mesure, mon cercle s’est rapetissé. Plus personne ne m’invitait nulle part, puisque je ne me pointais jamais. Je pouvais compter mes amis sur les doigts d’une main qui a tenu un bâton de dynamite allumé.

Et une solitaire qui souffre de solitude, c’est risible et désolant.

Aujourd’hui, je m’adresse à vous, debout sur une roche, du fin fond de la caverne de mon blog pour dire que l’introversion peut se vivre de façon équilibrée. Il faut comprendre que la fibre dont on est tissé est différente. Que l’on n’est pas déprimé, snob, fâché ou fou. Que nous aimons le monde. Seulement, notre vie tranquille, dans le silence, nous est agréable plus que tout.

J’ai enfin repris le plaisir du contact de l’autre. Il suffit pour moi de choisir qui et quand. Et de tenir ça court.

Alors, si vous me rencontrez quelque part, gin tonic à la bouche, venez me faire la conversation! Il y a des chances que je ne resterai pas longtemps…

 

 

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19 réflexions sur “Une introvertie avertie.

  1. Courageux ton texte, sensible et vrai, touchant aussi. Respect pour ton exercice de psychothérapie en public. Ca prend beaucoup de courage, de recul et d équilibre ce que tu partages… Et reflète parfois crument nos propres introversions refoulées. Bravo Christine F…. J ai très hâte de lire tes prochains billets…. Enfin un peu d humanité, de vérité et de transparence parmi les loghorrees égocentriques et factices de nos medias sociaux. T es pas si sauvage finalement, madame des cavernes 😉

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  2. Si un réconfort est nécessaire, ce dont je doute, il y a une grande force derrière cette liberté : vivre, à sa manière, pleinement le moment présent. Beaucoup préfèrent participer, sans y être vraiment, à la comédie publique… ou même de celle à deux!

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  3. Se cacher dans les toilettes pour se respirer dins mains et chercher comment se sauver d’un get-together?
    Been there done that. Même dans des soupers que j’organisais moi-même, de fois!

    J’ai ben le goût de composer une parodie de Moustaki, intitulée Mon Oursitude…

    Entka, pas besoin de dire que j’aime beaucoup ton texte, merci Christine F!

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  4. Je me souviens de toi au secondaire, gentille, drôle…je ne t’ai jamais sentie extravertie, ni introvertie par contre….un peu excentrique oui, mais pas trop. Sois heureuse et enjoy ton gin tonic 🙂

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