Nicotine et remords.

 

QuitSmoking

Les rock’n’rollers de ma jeunesse s’envolent en fumée. J’ai souvenir d’eux le mégot au bec et le fuck you au majeur. No future.

No future, effectivement. L’image du rebelle qui ferme un œil sur les volutes de sa clope serre ma poitrine quand je pense au cancer qu’elle leur a donné. Car ils avaient tous ça en commun, mes trépassés de mon passé : la cigarette.

Je fume moi aussi. Pas tout le temps, du calme. De moins en moins, même. Mais je livre une grande bataille avec mon désir d’éteindre et celui de m’éteindre. Parce que c’est quand même une espèce de suicide romantique, mes smokes à la sortie d’un bar. No future, no future for me.

Il y a aussi le stupide concept de «Les autres et pas moi» qui semble être accepté par le côté obscur de mon cerveau. Comme si j’allais déjouer la mort. Comme si je pensais que d’enduire mes bronches d’une fraîche couche d’asphalte seulement de façon occasionnelle me donnait plus de chances.

Dans mon crâne, je suis Lauren Bacall qui craque une allumette pour Humphrey Bogart. Je suis Bowie qui souffle la poussière de cyanure devant son visage balafré de foudre et d’héroïne. Je suis Dorothy Parker, brillante et ternie à la fois, se consumant au dessus de sa machine à écrire.

Et puis, y’a ce filtre entre moi et les biens pensants, ceux qui me font la morale et plissent leurs fronts lisses devant mes Peter Jackson. Plus ils secouent la tête de désapprobation, plus je secoue ma cendre dans mon cendrier souvenir de Cancun. Je leur pue au nez.

J’ai pourtant perdu des gens que j’aimais d’amour à cause des clous de bière funéraire. Je pense à eux souvent quand je tousse. Je me trouve de plus en plus bête de me mettre en danger d’extinction pour cinq minutes de buzz.

Parce que, oui, je suis consciente que je m’achève à coup de bâtons de nicotine, lâchez-moi le Zippo! Comme je m’achève tout autant à chaque jour d’inactivité, à chaque danse lascive avec une bouteille de Glenlivet, à chaque trio Big Mac, à chaque cochonnaille barbecuée, à chaque traversée entre les gaz d’échappement dans le trafic, à chaque compulsion, à chaque moment YOLO où je consomme en me tuant à petit feu.

Bref, j’en suis à me demander pourquoi je dragonne un nuage toxique à la barbe de la camarde? Qu’est-ce qui me traverse la tête boucanée? «M’as fumer si ça me tente, la faucheuse!!  Pis c’est moi qui vais venir taper sur ton épaule à 102 ans pour t’avertir que j’vais me coucher pour une sieste pis que là, c’est beau, j’suis prête!»

Ben, oui, toi! Bravo ma grande imbécile goudronnée!! On s’applaudit avec de belles mains aux doigts jaunis!

Cette prise de conscience m’a amené à vouloir abandonner mes succombes. Pour de bon. Rien que du bon pour moi. Pourquoi pas? J’ai envie d’embrasser la vie à pleine gueule sans avoir ammoniaque et arsenic sur la langue. Je mérite de m’offrir ce qu’il me reste d’existence à respirer de grandes bouffées roses aux joues, roses partout…

J’ai le goût de vivre, plus que le goût de fumer, maintenant.

Sachez que j’écris ce texte en me grillant ce que j’espère être ma dernière.

Et que je la trouve bonne en sacrifice.

 

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2 réflexions sur “Nicotine et remords.

  1. Been there, done that… all of that… the whole shebang… la rébellion comprise…

    J’ai arrêté, il y a un peu plus qu’une quinzaine d’années, quand le médecin m’a dit que j’avais le choix : l’emphysème ou pas. Je n’avais plus de souffle. J’ai aussi fait le choix entre le tennis et ne plus pouvoir… à cinquante ans, plus ou moins. Je ne me voyais pas à traîner une bonbonne d’oxygène 24 sur 24.

    De toutes façons, c’était plus le fun… même si je persistais à vouloir continuer, contre ma raison, contre mon corps, contre… la rectitude…

    Puis, une fois déconnecté, au point où je ne peux plus sentir la fumée, que je recommençais à respirer… il n’y a que trois ans que je me suis convaincu qu’il était temps de vendre ma collection de pipes, sauf pour deux d’entre elles… pour le souvenir, de temps en temps, je tire une bouffée, le goût y reste toujours, après toutes ces années, et ça me suffit… pour quelques mois… comme ce soir.

    J’arrête quand le corps ne tient plus… autant pour le pur malt que pour tout le reste, les chips vinaigre et tout le reste … j’écoute le physique et le mental suit, la plupart du temps en traînant…

    On sait quand c’est le temps… puis on suit le courant.

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