Être la mère d’un homme.

MyBaby

Être une mère, ce n’est pas vraiment pour toujours. Bien sûr, on portera notre enfant jusqu’à la fin dans notre cœur et lui, nous portera dans le sien. Ceci dit, la job de maman dure un gros vingt ans, max. Et je suis rendue là. Mon fils a 20 hivers et ça m’effiloche la fibre maternelle un brin.

On s’est rencontré lui et moi par l’entremise de son père. C’était une belle nuit de Vodka où j’ai  misé à la roulette russe avec mon ovule et que j’ai gagné. Évidemment, j’ignorais ma chance lorsque j’ai pissé sur le petit bâton trois semaines plus tard. J’étais certaine d’être piégée.

J’ai appelé Morgentaler à l’aide, comme d’habitude.  Mais le fœtus a sournoisement germé et vrillé jusqu’à mon oreille interne.  «Salut!», qu’il a dit. «Han? Quoi? Heu… Allo?», que je lui ai répondu. «Tu peux pas me jeter, c’est moi!», qu’il a ajouté.

Que faire? J’étais une toute croche pas du tout prête pour ça. Lui, semblait penser que je serais adéquate. Et comme mon gars est super intelligent, je l’ai écouté.

La Player’s Light est partie faire un tour aux oubliettes et l’acide folique a pris le dessus. J’ai laissé ma bedaine ballouner jusqu’à me ramener les épaules vers l’arrière et j’ai acquis des REEE et REER. Je me suis ensuite projetée vers l’avenir, le nombril droit devant. J’allais être LA mère. Et il serait MON fils. À jamais unis par le lien du sang! Rhaaaaaa!!!!

Le jour où il m’est arrivé dans les bras après une bien bizarre d’expérience pour un être humain, on ne se le cachera pas, je l’ai reconnu tout de suite. Même avec le nez tout écrasé par le tunnel de la vie. À ce moment, je suis devenue tout pour lui. Et il était tout pour moi. Plus fusionnels que ça, tu te transforme en un alliage de chair et de couches Pampers.

Pendant environ treize ans, notre vie ensemble a consisté à jouer. On s’est amusé à se faire des grimaces, des coucous! et des bous! On a joué à la cachette, aux Duplo, aux Lego.  On s’est diverti à lire le nom des rues, à écrire dans la neige et à additionner les plaques d’immatriculation. On s’est déguisé, chamaillé, chatouillé. On a poussé des p’tites autos, lancé des frisbees, kické des ballons. On a tué les méchants dans Baldur’s Gate et pris soin de poissons rouges et de ratons. On a cueilli des roches et chassé des vagues. On s’est tapé moult parties de cartes et de planches jusqu’à ce que, inévitablement, je perde ma progéniture aux jeux de ses copains beaucoup plus cools que les miens.

Je suis assez contente de moi d’avoir compris que je ne pouvais pas garder le fruit de mes entrailles tributaire de mon amour inconditionnel. J’ai vite saisis que ce temps privilégié avec mon fils m’était compté et qu’un jour, il aurait à quitter mon sein. Je devais nourrir son ego autant qu’encourager son autonomie. Sinon, il allait se retrouver à vivre encore dans mon sous-sol à quarante ans, et ça, ce n’est pas un cadeau à faire à son héritier.

J’ai donc profité de chaque occasion pour renifler le dessus de sa tête comme une droguée jusqu’à son adolescence. Rendu là,  il puait tellement que ça n’a pas été dur de lui donner son indépendance. C’est ben fait la nature quand même, hein?

Nous deux, on s’est mué en meilleurs colocs, ever!!  Complices comme des brigands, un peu négligés dans le ménage et jamais vraiment de disputes. On regardait des émissions en soulignant les défauts de scénarisations, on marchait sur la rue avec de grandes enjambées si rapides que personne ne pouvait nous suivre et on se lâchait des «insides» de la mort.

Puis un jour, on s’est séparé, lui et moi. C’était fini. Je venais de perdre mon bébé, mon enfant, ma raison d’être et ma plus longue relation avec un mec.  Ça n’aura duré pas même vingt ans…

Bien sûr, on se donne des nouvelles. Il va bien. Il se réalise comme jeune adulte avec son propre appart, sa blonde, ses boulots, ses études. On se voit de temps en temps pour que je lui donne un peu de sous, jaser de choses qui nous font sentir plus brillants que les autres et se faire rire un peu, mais ce n’est pas tout à fait pareil.

Devenir la mère d’un homme, c’est vivre une peine d’amour annoncée, une mélancolie mêlée de fierté, un spleen heureux.

Maintenant, à chaque fois que je lui dis au revoir, je me mets sur la pointe des pieds pour essayer de lui voler une petite sniffe de son dessus de tête, vous savez, question de me donner une dose jusqu’à la prochaine visite…

 

Advertisements

31 réflexions sur “Être la mère d’un homme.

  1. Trop beau. Je m’y suis si bien retrouvée. Mon p’tit gars a 19 ans. Il est encore mon coloc. J’espère pour moi encore un moment et pour lui pas trop longtemps…

    J’aime

  2. Ce texte est magnifique! Depuis la naissance de mon fils je savais qu’il allait être mon compagnon de vie mais ce texte décrit parfaitement ce que je vis et probablement ce que je vivrai plus tard avec mon fils qui a présentement 7 ans……Merci 🙂

    J’aime

  3. Très beau et bien écrit …c’est ce que je ressens aussi ,mon fils est partie étudier à l’extérieur pour devenir pompier ,c’est comme si on me l’avait arraché même si il revient tous les week end .😊par contre je serai toujours près de lui ,no matter what ,je suis fier de lui et il sera toujours mon enfant même à 40 ans .

    J’aime

  4. Magnifique! Même si je n’ai pas tout compris (et oui en France on utilise pas les même expressions!)j’ai adoré et vous avez vraiment réussit a me faire passer des émotions, j’en ai pleuré surtout les 2 derniers paragraphes! Mon dieu comme je m’y retrouve et mon DIeu comme ca va etre dur… signé une maman d’un grand gars de 8 ans (et pis 2 petite filles de 5 ans et 9 mois) . Merci pour se merveilleux moment d’emotions!

    J’aime

    1. Merci beaucoup! Je suis surprise et touchée d’apprendre qu’on me lit en France. Ma façon d’écrire est tellement argotique, ce doit être tout un défi que de décrypter pour vous. Mais j’imagine que l’émotion, elle, est universelle. Merci encore pour les bons mots, ça fait chaud dans ma patate! 🙂

      J’aime

  5. Ah ben quin !.. J’voulais être le premier de ceux qui auraient laissé la « Main » de Montréal pour celle de Toulouse, le boulevard St Laurent pour les Allées Jean Jaurès à dire que, pour un père, c’est tout pareil… et que j’me surprends à l’instant à appeler Noé pour lui dire que j’lui ai préparé un’ batch de « pétaques » qu’il pourra servir, chez lui, avec des oeufs et des « bines »… « J’t’ai laissé un tupperware dans l’frigo, mon Amour. Bye, là ! »

    Merci pour ce très beau texte (pi môé, j’l’ai tout’ comprit’…)

    J’aime

  6. Je rejoins tout ce qui a été dit plus haut. J’en suis toute chose…
    Mon petit bout n’a que 8 mois (et sa grande soeur 3 ans), mais ça m’en donne déjà des frissons. Et moi aussi, je sniffe leurs petites têtes 😉
    Bravo pour ce magnifique texte, si émouvant…

    J’aime

  7. J’ai 3 gars, 3 mecs, 3 hommes! Quand mon plus viens vient me voir (de façon subtil on s’entend) pour me faire un dernier colleux (on sait jamais) j’en profite en maudit;)

    J’aime

  8. Merci, merci quel beau texte! J’ai 2 garçon de 15 et 11 ans et la tête commence à leur puer dangereusement…. Que je me retrouve dans ce texte… C’est si court tous ces délicieux moments avec nos enfants.

    J’aime

  9. my god jpus capable d’arreter de pleurer , moi mon bébé a 4 ans et demi et il a lutté sa vie a l’age de 7 semaines il a vaincu la h1n1 ( la criss de grippe a marde ) j’ai tellement eu peur de le perdre ! de penser qu’on pourrait etre éloigné ca me rempli de vide ! comme quoi il est important de se définir comme humain ,j’ai encore un peu de temps pour me définir comme femme et non comme maman ! merci pour ton texte

    J’aime

    1. Oui. Tu as mis le doigt dessus. Se définir comme femme pas juste comme mère, sinon, c’est le vide assuré. Mais ton bébé va demeurer un satellite dans ta vie, n’aie crainte. Mon fils est toujours là, pas loin. Juste plus proche, proche, comme avant. Longue vie à toi et ton enfant!

      J’aime

  10. Très touchée! D’autant plus que le mien est depuis hier de passage « temporairement » à la maison le coeur plein de chagrin. Je ne peux encore lui sentir le dessus de la tête, il est encore plein de piquants. Lui ai montré ton texte et il a souri!
    Merci!

    J’aime

  11. J’ai lu votre texte au travail et je n’arrivais plus a m’arrêter de pleurer… mais quelles larmes!
    Ce que vous avez écrit est magnifique. Pendant que j’écris ce mot, j’ai mon garçon de bientôt un an qui dort dans mes bras (et dont je sens la tête plusieurs fois par jour…)

    Je pense que grâce à mon chum qui est mi québécois et qui me parle souvent avec vos belles expressions québécoises et grâce aux quelques mois que nous avons passés chez vous, j’entendais vos paroles dans ma tête et ça résonnait merveilleusement…
    Vos mots sont beaux et sains, on sent l’amour que vous portez à votre enfant tout en acceptant qu’il soit un être hors de vous aussi. Je trouve que votre texte dit de la plus belle des manières qu’on fait un enfant pour qu’il s’accomplisse en tant qu’être humain et pas pour soi, même si on vit un bonheur intense tout ce temps où ils ont le plus besoin de nous. Votre texte me donne envie de vivre tous ces moments qui m’attendent, il m’enseigne de profiter de chaque seconde et il me prépare à la suite et me donne du courage 🙂
    Merci merci merci

    J’aime

  12. J’ai eu une mère tout ce qu’il y a de plus « correcte » mais je n’ai jamais ressenti le millionnème de l’amour qu’il y a dans ton texte. Tu as sûrement été la mère « pas correcte » la plus aimante que ton fils pouvait demander… et ça me rend triste un peu.

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s