Cachez ce gris qu’on ne saurait voir!

Dye

Je me teins la cime depuis toujours. De rousse, à brune, à blonde, en passant par vert, une fois, à cause d’une triste journée dans une piscine trop chlorée…

À un moment donné, j’ai réalisé que je ne me souvenais même plus de ma nuance originale. Alors, j’ai laissé sauter une session de vernissage et bang! Une moufette est sortie de derrière mes follicules! La surprise! La presque gêne! Des cheveux gris, c’est comme ton NIP, tu ne montres pas ça à personne. Alors, j’ai poursuivi le déversement chimique à toutes les trois semaines.

Mais j’ai fini par en avoir ras le papier aluminium. Je me suis dis que j’étais à l’âge où les grafignes du père Chronos ne seront plus démenties par ma vadrouille sèche et sans pigment qui absorbe la teinture aussi bien que du bois pressé pour me donner le choix entre trois looks : «Brun-noir cire à chaussure»,  «Auburn, niaisez-moi pas, c’est magenta», ou alors,  «Blond moussu spécial  tite-madame».

J’ai donc abandonné la guerre à la repousse et laissé mon Marie Laberge se lâcher lousse.

Devant la nouvelle que mes racines allaient commencer à être grugées par le calcium, on m’a félicité d’essayer ça, mais on a grimacé en le faisant. On m’a parlé aussi de courage. On m’a parlé de féminisme. Oui, on m’a parlé de bravoure à montrer mes signes d’érosion.

J’ai fais décolorer des mèches platines pour aller épouser l’argent qui sortait de mon cuir à la vitesse d’un lundi matin. Il est faux de penser que le naturel revient au galop. Il trotte en boitant. Ce fut long, ce fut laid, mais voilà, un jour, j’étais enfin grise.

Et alors?

Et alors, j’ai souffert de ne pas «pogner».

J’ai pratiquement pas eu de boulot (je suis actrice) et le regard des hommes sur moi s’est réduit à medium-low. En contrepartie, les femmes m’ont trouvée moins menaçante. On m’a dit que je me «vieillissais» et j’ai bien compris que ça, ce n’est pas une bonne chose du tout. Pourquoi?

Parce qu’avoir l’air vieux, ça rappelle que, prochain arrêt, c’est la station Rigor Mortis.  Et on ne veut pas crever dans nos têtes de singes modernes profiteurs de planète. Ensuite, avoir l’air âgé, ce n’est pas excitant. On fornique quand on est jeune, dans nos têtes de Néandertaliens inséminateurs de planète.

Ceci-dit, je refuse de croire que je ne ferai plus bander parce que ma pêche sera un peu mûre au toucher et que mes rideaux et ma carpette auront passé à la javel! La baise, c’est aussi dans les yeux, le ventre et surtout, dans le rythme. En tout cas, pas dans la couleur de ma frange!

Au moment où le piano de mon existence tombera du onzième sur mon crâne fraîchement givré de châtain clair no 93 ou s’enfoncera directement dans ma matière blanche, j’espère que j’aurai copulé jusqu’à la dernière goutte!

Je vais ralentir de me faire tisonner la bûche, je sais bien, j’ai lu sur les hormones qui nous quittent avec la libido entre les jambes.  Mais je me souhaite tout de même générer le sexe, sexagénaire, puis de jubiler jusqu’à mon jubilé! Merde! Je me souhaite de donner ma démission en pleine nique, ma tignasse nivéenne collée de sueur! Claque, le cœur, pendant que je chevauche mon ratatiné reconnaissant!

Bref, j’ai flanché.

J’ai repris la bouteille…

Et les couleurs du jour…

Sans blague, il paraît que ça m’enlève presque six ou sept ans. C’est pas rien.

Se mettre les pieds dedans.

 

Foot

Ce n’est pas donné à tous de savoir communiquer adéquatement. Sujet, verbe, complément. La prémisse, la conclusion. De plus, il faut saupoudrer le tout de tact et de diplomatie. Sujet, verbe, compliment. Savoir ce qui se dit, ce qui ne se dit pas. Je ne le possède pas, ce bout-là.

J’ai le devant des tibias avec des entailles de coups sous la table pour me faire taire. Être socialement maladroite, la queen du lapsus et borderline syndrome de la Tourette, ça met dans le trouble et ça jette dans l’embarras. En contrepartie, ça donne des anecdotes…

J’avais une copine qui appelait tout le temps chez nous en imitant des vedettes de la télé. Une fois, elle a fait semblant d’être Macha Limonchik. Moi, pas dupe, je lui balance : «Ouan, Macha Limonchik? J’trouve que t’as des méchantes belles grosses boules, Macha Limonchik!». Évidemment, parce que j’ai un karma de bébé phoque, c’était Macha Limonchik.  Elle voulait parler à mon copain de l’époque, un comédien.

Dans un party, j’ai pointé mon genre de mâle du doigt en murmurant à la fille devant moi à quel point je te l’étendrais sur un biscuit Ritz pour le bouffer tout rond. Et découvert, bien sûr, bien sûr, que la fardée qui me regarde pour tuer, c’est sa blonde.

J’ai déjà reçu en cadeau un tricot hideux. Pas tellement laid que c’est hipster, non, juste laid naturel. J’ai voulu prétendre que «Merciiiii! Ça me fait tellement plaisir!», pour m’entendre articuler : «Merciiii! Ça me fait tellement pitié!»

Ou comment oublier lorsque je me suis exclamée «Han? Vas chier!» en poussant violemment les épaules d’un jeune ami de mon fils qui m’apprend qu’il est accepté dans une bonne école. Avec ses parents qui me toisent comme si je venais de leur faire sentir mon pet.

Ainsi, je me mets les pieds dans la bouche, les plats, et la merde. En prime, j’en reçois au cul de ne pas savoir me fermer la trappe. Mais pourquoi diable mon mécanisme de défense devant la visite est-il de virer «mononcle» et d’utiliser un humour déplacé? J’imagine générer une émotion joyeuse mais je récolte assez de malaises pour l’embouteiller et le vendre. De toute évidence, j’ai une déficience en étalonnage social.

Dans le but de retrouver l’art de la conversation, j’ai vérifié sur le Net les «quoi ne pas faire». Pour demeurer correcte dans une conversation, il faut éviter la politique, la santé, l’argent, la religion, les potins et le travail. Ne pas être grossière, se moquer de l’autre ou parler de choses sombre…

*Crickets*…

Dans ce cas-là, je n’ai rien à dire. Aussi bien embrasser ma maladresse en me mordant le bout de la langue avant qu’une de mes niaiseries vienne faire un rond de bave sur la nappe. Je ne suis pas obligée de faire rire à tout prix. Je peux juste me fermer la gueule, ça ne fera pas de tort à personne. Et si une phrase déplacée quitte, malgré moi, l’étau de mes incisives, je vais simplement m’excuser auprès de mon interlocuteur. À profusion.

Bref, je suis vraiment désolée et je me sens conne, Macha Limonchik, pour l’affaire des grosses boules…  J’veux dire: t’as des grosses boules, c’est évident, mais ça ne se dit pas des trucs comme ça…

Fait que, s’cuses. Vraiment. Pour les grosses boules, Macha…

La liste.

 

BucketList

On a tous un inventaire de choses à réaliser avant de tomber tête à crâne avec la Faucheuse, pas vrai? Une liste d’objectifs de vie? Dès qu’on est petit, on veut faire «quelque chose» de notre existence : devenir astronaute, princesse ou vedette de l’écran, à la rigueur. Et c’est pas trop long qu’on est aussi déçu que de recevoir des billets de spectacle pour Andrée Watters alors qu’on pensait aller voir Roger Waters.

On ne sera pas astronaute, vu qu’on vomit lorsqu’on tourne trois fois sur soi-même. On ne sera pas princesse non plus, sauf déguisée au ComicCon. Et quand ta carrière d’actrice se réduit à palper un rouleau de papier-cul en lançant à la caméra «Mmmh, que c’est doux!», tu sais où tu peux le mettre, ce rêve.

En gros, on se forme l’idée d’une vie réussie par le nombre de cases cochées sur une liste ambitieuse. Plusieurs d’entre nous se mettons une pression terrible. Et que je serai sur la couverture du Forbes entre Oprah et Zuckerberg! Et que je vais te faire le Ironman jusqu’à en saigner des mamelons! Et que je vais avoir deux enfants, un de chaque, dont je vais accoucher, sans douleur, dans une piscine d’eau tiède!

Ouan… Bonne chance avec ça…

Évidemment, quand on n’arrive pas à décrocher toutes les lunes qu’on s’était fixées, on se trouve nul, on se sent comme un raté. Surtout qu’on s’était ouvert la gueule à tout le monde qu’on allait se taper les chemins de Compostelle pour nos trente ans. Et plus on vieilli et que ça sent la Camarde sous nos semelles, plus on vire fou d’accomplissements. On lance des affaires de plus sur la liste sans doute pensant peut-être tricher l’inévitable trépas.

Allez! Un saut en parachute en Écosse après avoir nagé avec les dauphins à Costa Maya, mais avant ça, on termine notre roman sur les tribulations d’un comptable agent secret. Impossible qu’on y arrivera tous. Impossible! On est trop paresseux, pauvres ou on a simplement pas toujours le talent ou le temps.

Mais est-ce si grave que notre vie réelle se mette dans le chemin de notre vie sublimée? Si on s’est promis de faire l’arbre généalogique de la famille et qu’on décide de tuer des zombies sur sa console de jeu à la place,  on le regrettera peut-être deux minutes sur notre lit d’agonie, mais ensuite, on va s’en foutre pour l’éternité.

Bref, laissez-moi me glisser dans une robe de chambre informe pour syntoniser Lebowski et vous dire : T’es en vie, man, tu penses pas que c’est déjà quelque chose d’incroyable en soi? Mets-toi confortable et profite du voyage. Si t’en ressens vraiment le besoin, vas-y auditionner pour La Voix ou patauger dans la fontaine du film La Dolce Vita…  Mais si tu fais juste vivre la vie vivante, tranquille, c’est correct aussi. Ta vie est une réussite en autant que tu l’apprécies.

C’est tout’ bon, dude. C’est tout’ bon…

Être bourrée de bonnes intentions et de Merlot.

 

Drinking

Boire pour célébrer, pour oublier, pour allez, juste un dernier! Pour me donner du courage, pour désinfecter mes plaies ou parce que c’est le last call. M’abreuver entre amis. Siroter seule. Boire.

Je couine à la Marilyn quand le bouchon d’une bouteille de bulles bien brutes fait Pop! Mon ivresse débute dès le glou-glou-glou-tshhiiiiii dans la flûte enchantée. Mais je ne me limite pas qu’au champagne. J’apprécie aussi la brûlure du Scotch qui me chiffonne le visage. Puis, un Merlot après le boulot, à même le goulot, ça décape une épaisseur de stress, mes amis.

Mon poison en société, c’est le gin tonic «Bombay Sapphire»… Délicieux, hydratant et une super unité de mesure d’ébriété : lorsque je suis rendue à commander au barman un « Bombéille Chafailleyeurwe», je sais qu’il faut prendre une pause.

Être grise, ronde, chaudasse, feeling, pompette, j’adore. Je surfe le buzz, la face coincée à «contente». Ceci-dit, virer une brosse qui te part d’éméchée à dépeignée, le flou qui louche, la démarche qui houle et la tête dans la cuvette à jurer que Jésus plus jamais je le jure, j’aime moins. Beaucoup moins.

Heureusement, une québéco-irish comme votre humble scribe, c’est capable de trinquer en p’tits shooters tapés sur le zinc avant de se rendre malade. C’est pourquoi je me fais chier quand mon côté judéo-chrétien me rappelle régulièrement qu’il faudrait que j’arrête la boisson. Que je ralentisse, du moins.  Vous savez, ma santé et tout, et tout…  Vous savez.

Maintenant, dites ça aux gens, voir, que vous arrêtez la picole. Les réactions seront rarement de soutien.

«Je savais pas que t’avais un problème!»,

«Nooon! J’avais acheté une bonne bouteille! Tu veux pas commencer demain?»,

«Dommage, je pensais faire le party à soir.»,

«C’est bien que tu prennes soin de toi!» *Soupire en remettant les coupes dans l’armoire* «Je boirai pas non plus, d’abord…»

Bref, quand on décide d’économiser son foie, on déçoit.

À leur défense, sobre, je suis possiblement aussi ennuyante qu’un Perrier avec du steak, alors…

Alors, tant pis, je bois. Pas systématiquement comme Boris, mais quand même, je m’arrange pour chercher les occasions pour tanguer, chalouper ou, à la rigueur, rigoler plus qu’il ne faudrait. Je dois m’automédicamenter d’une façon ou d’une autre, alors… La vie à jeun, avec mes yeux qui voient clair, qui voient à travers, qui voient dans le noir, ça m’est souvent insupportable. Tous ces démons aux ongles longs, tapis dans mon grenier, qui n’attendent que ça, que je redevienne consciente pour faire mal… Non.

Non.

C’est non.

Aussi bien me torpiller le caisson.

Et c’est pas comme si je voyais la vie en cirrhose, quand même! Pffffttt! La vie en cirrhose… Ha! Ha! Ha!

Je m’en vais où avec ça, moi, là…?

Ha, oui! Santé Canada dit à la télé que les femmes ne doivent pas prendre plus de deux verres d’alcool par jour.

Je suis désolée, mais au bout de deux verres, je commence à peine à sentir quelque chose, alors, han? Je les emmerde.

Santé Canada! Tchin Tchin! Sláinte! Prost! Salute! Bottoms up!

Pardon. Je sais pas pourquoi je vous raconte ça…  Je voudrais bien vous parler des Syriens, de Donald Trump ou des pipelines, mais ça me déprime.

Et quand je déprime…

Enfin… vous savez…

Hic!

Avoir déjà vu neiger.

LetItSnow

C’est beau l’hiver… Le manteau d’hermine qui s’étend au sol. Les flocons tombant du ciel en vrais kamikazes cristallisés qui s’écrasent un peu partout. Et puis, quoi de mieux que des sapins couverts de neige pour revirer ta «falle basse» en «Falalalala, lalalala!». Oui, c’est beau l’hiver… mais mauzus,  qu’en général, c’est frette!

Pas un qui se ressemble, ceci-dit. Des années, on se les gèle en grande dépression venue du Nord. D’autres, on se la gadoue en petit Jésus de givre fondant grâce au El Niño. Mais que l’hiver doux ou dur, au Québec, la carte postale vient toujours en Frissonrama.

Plus le décor est féérique, plus c’est frisquet exposant -15. Quand je marche dans la blanche et que ça sonne comme du styrofoam, c’est qu’il fait assez froid pour me diagnostiquer un vortex bipolaire.  Quand le ciel tourne au plomb et que la lumière est filtrée par une moustiquaire de déprime, ma joie de vivre tombe une grosse coche en dessous de zéro.

Je n’aime pas quand le Chinook fait couler les glaciers et mon mascara. J’aime pas avoir les narines fissurées par le temps sec puis les bas de laine mouillés par l’humidité. J’aime pas la sensation d’engelure où mes extrémités m’envoient des signaux de détresses en m’électrocutant les terminaisons nerveuses jusqu’à recroquevillement complet du corps.  J’aime pas quand la grippe me transforme en loque fiévreuse qui répand mon Néo Citran sur mes doigts gourds. J’aime pas mes épaules dans mes oreilles et mes fesses serrées, ça me fait marcher bizarrement sur les trottoirs assaisonnés au gros sel et gravelle.  J’aime pas me fouler les chevilles sur les traces fossilisées de la dernière pluie verglassante. J’aime pas la giboulée, la poudrerie, le grésil ou la grèle. J’aime pas les marres de sloche sur le coins des rues. J’aime pas non plus les températures en dents de scie. J’aime pas l’hiver. Non. C’est pas que j’aime pas ça. Je déteste ça. En fait, ça me laisse hostile et frigide.

Le secret pour pas me faire chier au cube de glace, c’est de m’habiller style « Inuit frileux» et de m’amuser avec la bouse de nuage. J’oublie un peu le froid quand je suis dans la nature ou dans un parc et que je glisse en fillette de six ans sur l’eau gelée. Ça aide. Mais le meilleur bout d’une journée à jouer dans la bouette blanche, ça demeure tout de même lorsque je rentre en morvant mon sentiment du fait accompli. Que c’est plaisant de fondre doucement avec un chocolat chaud!  Et par «chocolat chaud» je veux dire: «scotch straight».

Je me console également parce que, bien que je grelotte en frimas du calcaire, je ne me fais jamais autant chier que les propriétaires de voitures. Tailler sa Mazda 323 du centre d’un iceberg, à sept heure le matin, ça a l’air plaisant en p’tites guédilles givrées. Sortir sa bagnole d’une congère en vrillant rageusement les pneus, aussi.  La porte qui ne se débarre pas, les câbles à booster, la déneigeuse qui t’arrache le miroir, être assis dans un frigo sur roues à sacrer contre la chaufferette qui fait des siennes puis essayer de se stationner pas trop tout croche entre deux banquises… Ouan, je l’ai facile comme piétonne popsicle.

Je me réconforte aussi en observant les français fraîchement débarqués sur le Plateau Mont-Royal. Ils patinent sur l’Avenue avec une gueule de congelé, réalisant qu’ils ont quitté un mauvais climat social pour un mauvais climat tout court. «Ha, putaiiiiin, mais c’qu’on se les caiiiilles!!». Et moi de leur rire à la barbe hipster : «Tu prends moins de photos qu’en décembre, hein, mon Didier?? T’as hâte que ça finisse, han? Encore trois semaines d’hiver techniquement! Techniquement…Mouhahahaaaa!!»

Enfin, qu’est-ce que je voulais dire donc en maugréant comme une marmotte maussade ? Ha, oui!! J’ai perdu mon chapeau de poil. J’ai voulu m’en acheter un autre. Les magasins n’en tiennent plus. C’est la saison printemps-été semble-t’il. Faut croire qu’ils n’ont pas regardé par la fenêtre.

Bon. J’ai déjà vu neiger. Je vais attacher mon foulard sur mes oreilles et affronter tout ça avec un sourire aux lèvres gercées.

Et par «affronter», je veux dire «Cayo Coco, here I come!»