Heureuse d’un printemps.

 

20160420_112504~2

Ça y est, je ne sors plus du cocon de chaleur de mon lit pour m’envelopper de chair de poule. Mes pieds ne me renvoient plus l’écho glacé d’un impitoyable carrelage de salle de bain. Le rideau de douche ne se colle plus à mon corps dans un principe de physique insupportable. C’est le printemps. Le printemps, enfin!

J’ouvre la fenêtre et laisse entrer la tiédeur humide qui fleure bon l’annonce d’une renaissance tant attendue. L’hiver fut long, malgré la caresse plus clémente de l’Enfant venu de l’équateur. Je marmotte mon nez contre la moustiquaire. Des quasi bourgeons, petits grains encore secs, apparaissent çà et là, sur les branches anorexiques. Un oiseau se risque à pit-piter un peu de joie. Je lui souris, le salue, l’imite avec un accent. Il entre sa tête dans ses épaules. Il me trouve un peu vite en affaire. Le vent pince encore, le matin.

Les plaques de neige ont perdu la bataille, s’effaçant sur un gazon hépatique et mal en point. Les terrains mouillés viennent mettre à leurs corsages des crocus pour faire oublier leurs oripeaux de boue et de crottes de chiens. Le vieux vélo abandonné demeure les roues tordues dans une rare glace têtue et s’accroche comme il peut à la clôture rouillée.

J’entends mugir au loin l’hiver qui voudrait rester encore, comme une invitée qui colle après onze heures. Un combat se livre dans le ciel entre le plomb et l’or. Tu as perdu froidure, même si tu laisse ta dévastation partout autour de moi. On peut deviner un grand ménage printanier qui balaiera d’un suroît la tristesse et le frisson.

J’aperçois jupons et ballons précoces. Il est trop tôt, mais qu’à cela ne tienne, on va jouer aux fesses ou au soccer à la barbe polaire de Mister Winter. Les cocos de Pâques ont éclos en petites hirondelles gaillardes et les outardes ont crevé les nuages à grands coups de V.

La poussière a tourbillonné jusqu’à saler mes lèvres et piquer de résidus de calcium mes yeux qui, à leur tour, plissent devant tant de clarté soudaine.  La lumière entre dans les rétines et dans les poitrines encore emmitouflées et craintives. Les sourires sont plus faciles, car nous sommes latins dans un pays nordique.

Gorgent de sève les érables, puis les sexes. Ainsi commence la parade des poussettes et des belles gens sur les rues. Les plus téméraires viennent se terrasser une bière pour faire un pied de nez à une interminable hibernation.

Tel des morts-vivants sortis de leurs tombes, nous reprenons possessions des parcs et des trottoirs. C’est la résurrection de l’ivresse de vivre. Nos cols s’épanouissent, larges et béants, pour réchauffer notre torse meurtri d’engelures.

Car demain, nous serons à la veille d’un bonheur torride. Demain, ce sera presque le début du recommencement. Demain, ce sera incessamment bientôt l’été.

Et je serai alors de nouveau parmi vous, troglodyte pâlotte, une sangria à la main, toutes dents dehors et le cœur en pleine floraison.

Advertisements

11 réflexions sur “Heureuse d’un printemps.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s