Dormir. Peut-être rêver…

Sleep

L’insomnie. La vraie. Le fameux hamster dont tout le monde parle, mais aux stéroïdes. Ne pas arriver à dormir comme un art, comme une tradition. D’un soir à l’autre. Jusqu’à m’évanouir, la bouche grande ouverte, cliniquement morte. Enfin. Enfin m’éteindre.

Petite, je me brassais d’un bord à l’autre, la tête dans l’oreiller jusqu’à épuisement. Je me berçais. J’écopais de séances de démêlage de cheveux pénibles à l’aube, mais c’était plus fort que moi, je voulais m’endormir et pour ça, il fallait sortir les pensées de ma tête. Donc, quelques jours par semaines, je remettais ça en gémissant, et swing le malaise dans l’fond d’la boîte à poux!

Pensant que j’avais peur du noir, on m’illuminait la chambre jusqu’à la salle de bain comme une piste d’atterrissage disco. On me rajoutait de la musique classique pour me calmer. Une mise en scène parfaite pour me faire valser avec mes connaissances imaginaires. Oui, connaissances. Ce n’était pas tous des amis.

Une fois adulte, j’ai gobé des pilules de temps à autres pour tourner le bouton à «off». Et tombe Alice au fond du trou rempli de boue, puis ouvre les yeux, bouffie et confuse, avec des résidus de cennes noires dans la bouche. J’ai tu dormis, moi-là?

C’était ça ou bien veiller. Écouter la nuit avec le supplice de la goutte du robinet; les sirènes qui chantent dans les rues; les grattements des fantômes et des malins. Me lever et me taper des info-merciaux jusqu’à vouloir l’acheter la vadrouille miracle; écrire mes délires jusqu’au matin ou, vraiment désespérée, essayer de m’assommer avec un roman de Zola. Oui, j’ai fais les techniques de relaxations, les respirations, tous les trucs, oui, oui, oui. Oui. Résultat : non.

Si en plus, je me rajoutais un homme sur le matelas, c’en était fait de la princesse au petit pois. Impossible d’oublier la présence d’un être qui me respire dans le cou en se faisant sac à dos de peau moite. Plusieurs ont été témoins de ma métamorphose en Gollum quand leur bite est venue demander à mon coccyx si je dormais. Me réveiller de mon sommeil si durement acquis? Mon sommeil?! Mon précccccieuuuuuuux?!?

Se greffe, un jour, un bébé.  Oui, un enfant. Maintenant un grand. Il est magnifique. Et c’est mon héros.  Avec ce bébé, Morphée a remballé ses affaires et m’as donné rendez-vous dans dix ans. Une mère, c’est trop à l’affût pour ronfler. Tout  d’un coup que le petit se met à marcher, fourchette à la main, vers le grille-pain tandis que je bave sur ma taie? Non. Être mère, c’est perdre son sommeil profond jusqu’à ce que le bambin soit assez vieux pour aller à l’université.

Je me suis convaincue que mon existence se résumerait à rejoindre les grands cernés de l’histoire. Je ne possèdais pas le gène du dodo et mes moutons insisteraient à former le nombre Pi.

Aujourd’hui, because, because, je me retrouve seule. Sans parents, sans enfant, sans mari, sans somnifère, ni tisane à la camomille. Je fais ce que je veux, sans déranger personne, et allez savoir pourquoi, je dors presque tout le temps.  Je ne sommeille pas, je ne roupille pas. Je dors!!  Geezus, my Lord and Savior, I’m healed!! Je dors tellement bien que je me réveille pour pouvoir apprécier à quel point je dors bien.

Dans un noir d’encre avec des bouchons qui chatouillent mes tympans, je m’étends ou je me boule, ininterrompue, dans mes couvertures soumises aux caprices de mes mouvements. Mes yeux carrousellent derrière mes paupières et j’éclate la gueule de mes dragons à l’aide d’une plume. Je rêve. Je donne dans le songe qui répare. Pour ce qui est de mon hamster, il est toujours aussi musclé, mais il est devenu diurne.

Régulièrement, je tombe dans les draps d’un homme. J’enfouis ma tête entre ses omoplates ou je le laisse emboîter ses genoux aux miens, mais il me faudra traverser le côté sombre en solitaire et creuser un ravin entre nos corps. Et, maintenant, impossible de partager ma couche systématiquement. J’ai besoin de dormir sur mon île, isolée. Vous comprenez,  je n’ai pas fermé l’œil de la vie…

Et surtout, dormir avec quelqu’un, ça m’empêche de me bercer.

 

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«On pourrait rester des amis?»

 

FriendsWithEx

Vous savez, l’ex? Quand la douce moitié va prendre une bière avec son ex? Et que ça fait suer l’autre moins douce moitié? Et que ça ne la rassure aucunement les «T’en fais pas, c’est juste une amie maintenant»? Et bien, c’est moi, ça, la maudite ex qu’on s’entend bien avec.

Quand j’aime un jour, j’aime pour toujours. J’ai bu les paroles comme les fluides de cette personne-là. Je lui ai composé des poèmes et, pendant un bref ou long moment, on s’est aimé à y croire. Ça ne s’oublie pas, ça.

Dans mon cas, les relations amoureuses, ça ne dure pas. Fouillez-moi pourquoi, y’en a toujours un des deux qui termine la section rose amour dans le pot de crème glacée napolitaine. Et là, ne reste que le brun merde et le blanc amitié.

Le secret d’être une bonne ex, c’est d’abord de ne pas être une tache. Il faut éviter de coller comme si on sortait encore avec l’ancienne flamme. Ça fout la confusion et c’est hyper difficile pour l’autre de se trouver une nouvelle soupirante.  Il faut que la relation avec l’ex soit aussi à la poubelle que la brosse à dent qu’on gardait pour nos visites. On peut se partager une partie de billard ou un repas de temps en temps, mais avec modération et sous l’accord officiel de la ou du nouveau partenaire.

On pourra lâcher un coup de fil ou s’arrêter sur le trottoir histoire de se raconter où on en est rendu. Et on a le droit à une bine sur le bras, deux bisous sur les joues et un câlin cœur à cœur, bassins éloignés. Quand la nouvelle blonde fait les gros yeux, on doit se tasser et respecter la bitch. On peut aussi lui faire comprendre qu’on sait exactement pourquoi elle aime votre ex. On est au courant aussi de comment votre ex lui tape sur les nerfs. On est de son bord. Les amies de nos amis sont nos amies.

Moi, je suis une si bonne ex que je me donnerais un trophée…

«Ha, mon Dieu, merci! Merci! Si je m’attendais à ça! Laissez-moi sortir ma liste. Heu… Tous mes ex ont compté dans ma vie, jusqu’aux one night stands. Je peux pas les remercier tous ce soir, parce que ça ferait une beurrée, mais sachez que si vous avez couché avec moi, j’ai été changée pour toujours par notre échange d’idées et d’adn.

Mon premier, qui n’était pas mon premier mais que c’est comme ça que je l’arrange dans ma tête, mon hippie poilu, merci pour l’Heptade! Et mon cuisinier à la gueule de Hugh Grant, merci pour la saucisse!  Mon Svengali, mon sugar daddy communiste, merci pour la Provence et le bon vin! Mon Rock and Roller au Zippo gravé sans qui ma coproduction n’aurait pas été aussi réussie, mille fois merci pour notre progéniture! Et mon mari… mon légitime…. Celui qui a essayé de faire de moi une femme honnête… Merci pour le rêve de princesse!

On me fait signe que je dois bientôt m’arrêter, mais j’aimerais quand même dire merci aussi à mes amants qui ont été importants : Le clown, le réal, le client, la masseuse, la femme de l’autre, le danseur de tango, l’écossais, le polonais, le juif et le viking! Vous savez qui vous êtes! Merci! Je vous adore!!»

Et là, une greluche en robe de satin me prendrait par le coude pour me sortir de scène pendant que l’orchestre jouerait  «The lady is a tramp».

Bref, j’aime mes ex. Et mes ex m’aiment, en général. Et si jamais un ex m’évitait en se cachant derrière un groupe de touristes japonais dans l’autobus ou que j’en bloquais un sur Facebook, incapable de voir son visage sans que ça serre en dedans et bien… ça serait sans doute parce qu’il ne restait plus que le brun merde dans le fond de notre pot de crème glacée…

Tranche de vie d’une actrice de pub.

 

Luck

Ça commence avec ton agence qui te propose une audition pour le rôle d’une belle femme, pas trop mannequin, entre 35 et 45 ans, en santé, pour vendre une gugusse. T’es une actrice commerciale, c’est tout ce que t’es, malgré que t’as joué Lady Macbeth à l’école de théâtre, alors tu dis oui et tu vas te faire faire une manucure.

Tu te rends à l’audition, après avoir niaisé beaucoup trop dans ta garde-robe et devant le miroir.  La fille de l’agence de casting te sourit et te tourne la tablette de bois avec la feuille. Ton nom ici… ton arrivée là… ton rôle ici… L’autre feuille à remplir, encore ton nom ici… ton âge… ton poids… Tu penses à comment tu devrais te commander des tampons d’encre avec tes infos dessus et, là, t’aurais juste à pif, paf, pouf, voilà! Tu le dis à la fille. C’est moins drôle que dans ta tête.

Autour de toi, des belles femmes de 35-45 ans, en santé, pas trop mannequins. Tu les connais, ça fait 20 ans que tu côtoies leur périphérie. Vous avez fait la run mille fois, et en général, vous vous êtes déplacées pour rien. Tu regardes la fille qui sort de la salle d’audition, elle a l’air d’avoir bien fait ça. Elle a le p’tit reluisant fier-pet.

Tu t’assois. Ça va être long. Pas assez long pour que tu touches la compensation monétaire, par exemple.  C’est à ton tour. Tu entres en saluant. Y’a du monde au fond de la pièce qui s’en foutent de toi parce qu’ils en sont à la 28ème belle femme entre 35 et 45 ans. Faut pas le prendre personnel. Tu le prends personnel. Le directeur d’audition t’explique le concept. Il est passionné du dehors et mort en d’dans. Tu comprends. Ça y fait des grosses journées. Tu te présentes à la caméra. On te demande de montrer tes mains. Tu te félicites intérieurement pour ta manucure.

Tu fais ce qui est demandé de toi avec la gugusse. Tu essaies de ne pas t’enfarger en nommant la gugusse. Tu déparles un peu, mais tu fais bien ça quand même, vu que t’as eu le texte hier. Tu tiens la gugusse devant la lentille et tu plisses ta face comme tu penses que le client aimerait. On te remercie, ni bête, ni content et tu quittes, pas trop convaincue. Mais tu fais le même sourire fier-pet que l’autre, en sortant.

Ça se poursuit quand t’apprends que t’es en «hold» ou en «reco», et que t’as des chances de l’avoir. Tu te fais violence pour ne pas virer Perrette et le pot au lait. Mais t’es pauvre et tu t’ennuies de jouer. Jouer n’importe quoi, mais jouer. Ton agent t’appelle avec un trémolo à quinze pourcent dans la voix : Tu l’as décrochée. C’est toi qui va vendre la gugusse. Hello, veau, vache, cochon, loyer.

Tu reçois ton call. Souvent à l’aurore. Tu mets ton cadran. Et tu te couches avec de la crème aussi onéreuse qu’inefficace dans le visage. Tu dors à coup de 20 minutes. Au cas où ton cadran passerait tout droit.

Le taxi te laisse dans la pénombre du matin froid où les «swings», les «techs» et les «grips» s’activent. Ils sont tous en noir et ont invariablement au moins une roulette de tape accrochée à la taille. Tu cherches le CCM pas tant pour les costumes, la coiffure ou le maquillage, mais parce que, généralement, c’est tout près qu’il y a le Kraft rempli de bouffe. T’as toujours aimé ça, le café et les muffins gratis.

La préposée aux fripes veut voir les 12 morceaux de vêtements qu’elle t’a demandé d’amener «au cas». Elle ne prend rien, comme d’habitude. On te glisse dans un ensemble générique, pastel et asexué. Tu passes ensuite aux cheveux et make-up. Tu adores ça. Le duo de métamorphoseurs bitchent, papotent, ragotent, cancanent et c’est jouissif tellement c’est pas correct.

On te reconduit à une chaise en plastique dans un coin. Et tu attends avec les autres comédiens, figurants et wannabes. Tu attends un bon p’tit bout. Entre la lenteur interminable et le voyons donc, qu’est-ce qu’ils font?

100 personnes butinent autour de toi. Tout le monde est complice. Toi, t’es juste une invitée dans une grosse famille. Ça se piaille leurs actions dans le creux de l’épaule où est accroché leur walkie-talkie. Les acteurs vont te parler de leur quotidien et toi aussi. Tu vas apprendre que l’un est fraîchement vasectomisé, que l’autre n’a pas fait sa crotte ce matin et que la vieille vient de perdre son fils. Et par fils, elle veut dire caniche. On devient généreux en tranches de vie sur un plateau. Surtout sexuelle. Tu ne parle jamais aussi vite de cul avec des étrangers, qu’en tournage.

C’est enfin ton tour. On te place près de la gugusse. Tous focussent sur la gugusse. On regarde vers toi, à travers toi. Tu es un accessoire pour la gugusse. Et là, tu lui fais comme une ombre. Déplace à gauche… encore… reviens… stop! Un p’tit bout d’adhésif vert à tes pieds pour que tu te rappelles de ne pas bouger de là.  Le réalisateur t’explique ce qu’il veut et ce que le client veut. La plupart du temps, c’est diamétralement opposé. De toute façon, l’important, c’est la gugusse.

La fille aux mains de fer dans des gants de boxe lâche un «SILEEEEENCE PARTOUUUT!»! Et ça obéit d’un coup. Plus un bruit sauf le dzzzzz de l’éclairage et le poum bedoum de ton cœur qui désire bien faire.

Dans trois, deux, un, tu prends la gugusse. Tu parles de ton amour pour elle environ cinquante huit fois sous trois angles différents. Entre deux prises, on te passe un pinceau sur le nez, te tasse une couette sur le front, te replace ta chemise dans tes culottes. T’as chaud. T’as soif. Et tu commences à ne plus te croire trop, trop, toi et la gugusse. Mais c’est fini. Merci, on dégage. On signe le contrat là-bas, madame. Merci.

Voilà. Tu remets tes vêtements qui moulent ta personnalité. Tu salues les autres. Bonne chance avec ta vapoteuse, Stéphane! J’espère que tu vas avoir l’offre d’achat, Myriam! Oui, je regarde ta série web, Dominic! Ok, bye, là! Bye!

Et l’aventure se termine dans ton taxi de retour où tu lis ton contrat rose nananne et tu réalises que t’es peut-être pas l’actrice que tu espérais devenir, encore moins une vedette, mais tu viens de gagner le salaire de six semaines d’une waitress pour avoir eu du pas pire fun avec du pas pire bon monde…

…et une gugusse…

Alors, tu pleures ta carrière ratée jusqu’à la banque.

J’aime.

 

Love

J’aime quand ma main repose sur une poitrine endormie à mes côtés, quand la douche est bien chaude et quand le miroir me dit «oui». J’aime nouer mes cheveux avec un élastique lousse. J’aime percoler mon café pendant que le lait mousse. J’aime me planter là à écouter rien. J’aime quand je suis juste bien.

J’aime sentir mes muscles jouer sous le lycra quand je m’étire sur le plancher. J’aime fermer les yeux sur mon souffle. J’aime écouter mes voix et décider qui croire. J’aime écrire nue, en pantoufles.

J’aime le rouge dans mon décor et le sombre sur mon corps. J’aime être une fille et jouer à la poupée avec moi. J’aime le fromage, la viande et les noix. Ha, les fraises et les framboises, du bon vin j’en ai bu. J’aime aussi les Munchos et le Cheez Wiz, mais ça il ne faudrait pas.

J’aime me salir dans la bouette et les jokes de pets. J’aime les écureuils avec leurs petites menottes devant la bedaine pour bummer une pinotte. J’aime les vieux qui sont là pour eux. Et j’aime faire claquer le talon de mes bottes

J’aime la démarche soûle des jeunes enfants. J’aime comment  ils doivent jeter la tête vers l’arrière pour voir sous leur chapeau. J’aime quand ils enroulent leurs doigts sur l’index de leur parent. J’aime penser à mon fils, ma fierté, ma chair, mon grand.

J’aime les graffitis quand ils sont inventifs. J’aime surprendre les passants avec un sourire. J’aime quand ils me le rebalancent. J’aime la diversité, j’aime les gays, j’aime les noirs. J’aime la ville quand elle brille le soir.

J’aime avoir le luxe d’être pauvre. J’aime brûler le sucre des guimauves. J’aime les tempêtes, la campagne et les feux de foyer. J’aime le champêtre, le champagne et avoir du foin pour le loyer.

J’aime les hipsters, les gauchistes, les crottés. J’aime aussi une rigide chemise cravatée. J’aime le blues, le rock, le spleen de Lisa Leblanc. Et j’aime ça coucher dans des draps de coton blanc.

J’aime quand une femme sent la vanille, un homme, le citron. J’aime couler le miel sur ma langue à même le contenant en forme de nounours. J’aime le hockey, les combats et les voitures de courses. J’aime la raquette, le vélo, la natation. J’aime surtout jouer avec mon Playstation.

J’aime danser en mordant ma lèvre d’en bas, un peu faite, sur de la musique qui me brasse dans le ventre. J’aime boire, j’aime le pot, j’aime la fête. J’aime être tranquille pendant plusieurs jours après ça.

J’aime voir trainer des pianos dans des endroits incongrus. J’aime les pin-ups d’Elvgren et Vargas. J’aime les films fuckés que personne veut regarder. J’aime les dents propres et les cerveaux acérés. J’aime tremper le bout de mon doigt dans la cire pour faire un moule de mon empreinte.

J’aime l’humour juif et l’accent britannique. J’inverse et ça demeure vrai. J’aime les vikings, j’aime les celtes. J’aime les yeux bleus, j’aime les billes noires.

J’aime vraiment beaucoup dormir. Toute seule. Sauf, les fois où je m’endors après l’amour.

Parce que j’aime aimer…

C’est quand on m’aime que je ne sais plus trop quoi en faire.