Tuer le temps et les zombies.

Gamer

Mon histoire d’amour avec les jeux vidéo a commencé un jour d’été assise sur un tapis orange brûlée et avocado. Dans le salon de mes cousins,  l’écran de la grosse télé à tubes était, blanc sur noir, séparé par des pointillés, deux p’tites barres de chaque côté et un point qui clignotait.  J’essaie la chose, sans trop comprendre pourquoi c’est l’hystérie autour de moi. Pong!!!

Mais ça prend pas cinq minutes que je suis accrochée. Heille, as-tu vu ça, la technologie?? Si j’avais su, à ce moment-là, ce que l’avenir me réservait en matière de graphiques réalistes, j’aurais mouillé mes shorts en Fortrel, dret-là.

Gagner ou conquérir à travers la machine qui m’addicte d’électronique. On s’entend que mes billes et ma plasticine ne faisaient plus le poids. Je trouvais le bonheur avec des piou-piou-pious triangulaires qui tirent sur des aliens rectangulaires.

J’avais pas ça chez-moi, une console. J’avais un castelet et un Chia pet. Dès que je pouvais me taper une couple de parties à la pataterie du coin, je me prenais une poignée de monnaie et, allez que je te mange des p’tits fantômes sur fond de Wacca! Wacca! Wacca!  qui va m’accrocher la cervelle jusque dans mon sommeil.

Les années toupets au Spray-Net m’ont fait connaître l’arcade. Le lieu où venait mourir mon argent de poche. Les sons de mon adolescence. Une cacophonie mélodieuse où les bips, les pows et les kraaashs étaient des back vocals aux 25 cennes qui clinquent et aux acnéiques qui grognent.

J’ai toujours eu un faible pour les flippers qui m’ont donné mon fameux coup du bassin qui me rendra populaire auprès de mes éventuels amants. Ou bien je pouvais tirer du fusil en faisant un mouvement badass hors de l’écran, mais tout de même retenu par le maudit fil qui brisait mon élan.  Je conduisais des voitures, lançais des noix de coco, frappais des punching bag, mon large sourire transformé par les black lights en grimace de chat du Cheshire. La moitié de mes gastros ont été attrapées sur les volants résineux et les manettes qui rendaient littéral le «stick» de «joystick».

Lorsque Kurt Cobain m’a fait nouer des chemises de chasse autour de ma taille, l’ordinateur beige à fond vert est enfin entré chez-moi. Un don de ma mère pour mes études. Toujours pas de terminal comme la plupart de mes amis nerds branchés, mais je possédais des disquettes molles pour  me permettre de combattre des dragons qui glitchent ou catapulter des bombes simplistes, presque invariablement sur une toile de briques grises.

C’est à l’ère des g-string hors du jeans et du duct tape contre le terrorisme que mon obsession a vraiment débuté. Ma dépendance fut exacerbée par deux catalyseurs : un fils et un copain ingénieur en informatique. Là, les pixels se sont multipliés, les résolutions ont augmentées et le plaisir a décuplé. Les boîtes du bonheur se sont branchées de ma télé jusqu’à mes veines et X, X, A, LT, X, B, Y!!!

Je me donnais des doses en trainant un game boy dans ma sacoche. Seuls les vrais sauront ce que c’est que d’avoir un vers d’oreille au Korobeiniki ou Overworld theme. C’est une époque où mon œil tressautait d’avoir passé beaucoup trop d’heures dans les égouts de New-York.

Aujourd’hui, à l’époque des crottes émojis, je vis seule et je m’en console avec ma propre console. J’ai le contrôle et je tue le temps et les zombies. Je me barde d’une armure de plotte à cotte de mailles ou je me cale des bouteilles de Nuka Kola en pin up radioactive. Je peux recommencer ma vie comme bon me semble et la voir se dérouler autrement. Je m’incarne avec les arcanes du mage et crée des dommages avant de me réincarner en bécane qui s’enrage aux virages.

J’ai l’oiseau colérique sur le trône et l’Animus au salon. Je me moque d’une flèche au genou, je suis la reine des lames. Si l’acier gagne les batailles, l’or gagne les guerres.  J’endure et je survis, pas de Dieux ou de rois, seulement des humains ou bien des orques workaholiques. C’est lorsque je tombe dans le vide que je découvre si je peux voler.

Quand je serai vieille, si j’ai encore assez de mana, je rêve d’être une mémé à casque de réalité virtuelle avant de casquer pour vrai. Wii!!! Saint Server Admin que je m’espère un foyer géré par Ubisoft!

Enfin, tout ce délire pour dire que les RPG, c’est personnel. À chacun sa lucidité dans sa ludicité. Si je ne t’emmerde pas pas avec mes loisirs, laisse-moi tranquille avec tes demandes de Candy Crush.  Sinon, je peux facilement prouver que les jeux vidéo, ça rend violent…

«Finish him!!!»

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