«Souris! La vie est belle!»

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Toujours connaître la joie de vivre et regarder les choses du bon côté, ce sont de formidables qualités à avoir si on les possède réellement. Sinon, c’est difficile en p’tit Bouddha de plâtre à acquérir, surtout lorsqu’on est une cynique lucide à langue acide.

En parallèle, exprimer le dédain de son existence, être sarcastique et se décourager pour un ongle cassé peut irriter de nombreux aspirants aux roulades dans la félicité et les pétales de roses.

En fait, la «beauté de la vie» se promène dans une grande courbe instable qui oscille entre déployer sa gorge de rires en se mouillant la robe de velours dans une fontaine en Italie et pleurer son orteil cassé dans un lit grouillant de punaises.

On se ment, on s’encourage : tout va bien, tout va bien! Allez hop! Une pensée positive sur Facebook! Allez hop! On sourit pour la caméra et les amis! Allez hop! Une pilule, un verre ou un nouveau joujou pour oublier notre sentiment d’impuissance sur cette planète qui vrille hors de contrôle en résonnance avec notre propre véhicule qui dérape sur sa ligne de vie.

-Comment ça va, Christine?

– C’est correct. J’fais de mon mieux…

– C’est bien, ça… Gratitude!

– Han? Ha, oui… J’suis pleine de gratitudes pour les choses que j’ai.  À part ma vaginite, ça, j’aimerais mieux pas l’avoir.

–  Heu!  Ben, heu… c’tait l’fun de te revoir. J’t’entoure de lumière pis Namaste!

– Ouan, ok, merci. Mais pas « Namaste », plutôt « Monistat »…

De nos jours, il y a une espèce de zénitude pop plaquée qui me turlupine l’humeur et que je n’arrive pas à feindre.

On ne sait pas comment réagir face au noir broyé, au pourpre colère ou au rouge éviscéré. Notre propre fin du monde à nous, à la rigueur, mais pas celle des autres.

Dites à vos collègues que vous vous êtes acheté un Bichon maltais, ça va virer «Awwww!» tout de go. Ajoutez que c’est pour combler votre solitude devenue insupportable, voir? Ça va jeter un froid autour de la machine à café, je vous en passe un papier du médecin!

Ou bien, essayez d’écouter le voisin parler du cancer de sa femme sans finir la conversation avec un «Ben, lâchez pas!» en secouant un pouce épais et une face pincée entre l’empathie et la diarrhée.

On préfère un mensonge heureux à une vérité triste. Alleeeeez! Souris! La vie est belle!

Où on fait exception, c’est quand l’outrage et le deuil deviennent unanimes. On est carré rouge, on est ruban rose, on est Charlie, sans problème. Là, on peut exprimer comment la vie est chienne et injuste. Mais dans les petites choses, il est préférable de ne pas trop se plaindre.

Pourtant, nommer le laid n’enlève rien à savoir reconnaître le beau et le nommer tout autant. De se concentrer sur le positif, c’est bien. Mais attention à l’hypocrisie enroulée dans un papier glacé rose bonbon, vous pourriez vous étouffer avec.

On a le devoir de dire ce qui ne va pas bien, aussi. Dire que la vie est moche, c’est correct. C’est humain. Et puis, c’est beau aussi le poche, d’une façon aussi tordue que ce blogue. C’est le propre de la vie : le chaos, le lotus qui pousse dans la merde.

Tout comme on a le devoir aussi de dire «JE souris! MA vie est belle!» quand c’est vrai. Heille, wow, sérieux, tant mieux! Full! On les aimes-tu ces bouts-là, han?? J’contente pour toi! Profites-en, ça durera pas…

Bref, s’il-vous-plaît, évitez de pousser votre agenda du bonheur sur le malheur des autres.

De mon côté, je vais essayer pas trop vous navrer avec mes histoires…